Samedi 3 janvier 2009 6 03 /01 /Jan /2009 21:35
B-M


Un texte que j'avais sûrement oublié de publier, je corrige cette erreur =)


Par une compréhension subtile, je sens que tu as besoin d'aide, que quelque chose ne va pas. Sans attendre, je viens chez toi hâtivement, le vent extérieur balaye l'intérieur. D'une rafale véloce, je te prends par la main et te tire du coin sombre où tu te trouvais. Nous ressortons par cette même porte, le vent n'a eu le temps de souffler que quelques secondes.

Désireux de fuir, nous partons vers l'horizon matinal : il est encore tôt, le soleil se réveille tranquillement. Nous arrivons alors vers des plaines verdoyantes. Aube d'un nouveau jour, le monde nous tend les bras, nous permet de nous évader. Comme la froideur de la nuit laisse place à la fraîcheur du levé du jour, nous poursuivons notre route sur ces collines perlées par la rosée. Pour se libérer un peu plus, nous enlevons nos chaussures après un regard complice. L'herbe mouillée nous chatouille les pieds, nous en rions ensemble.

Peu à peu, le vent murmure une brise agréable accompagnée de chants mélodieux d'oiseaux cachés dans les arbres en fleurs éparpillés dans ces plaines. Nous respirons à plein poumons, comme si nous étions en train de retrouver le bonheur de vivre. La nature nous accueille et s'ouvre progressivement à nous par ces tendresses. D'ailleurs, des petits papillons blancs passent devant nous et montrent ainsi le chemin vers un autre lieu.

Ensuite, nous entendons un bruit long, monotone et calme. Une odeur forte mais singulière suivait ce mouvement. Nous nous approchons d'une falaise, nous sommes proches d'une plage de sable blanc. En descendant une petite pente, la douceur de l'herbe laisse place au sable chaud caressant nos pieds. Apaisés, la mélodie rassurante de l'eau nous invite à marcher vers elle. Et les petites vagues nous mouillent les chevilles. Le sable, qui suivait le mouvement de la marée, offre une sensation agréable. L'air marin matinal nous comble de joie et, jeunes adolescents que nous sommes, nous nous mettons à courir le long du rivage. Aussi, il arrive que nous trébuchions, pourtant nous nous relevons à chaque fois le sourire au lèvres : nous sommes libres enfin !

Finalement, nous nous installons sur le sable fin sous ce qui semble être un palmier. Le soleil est au zénith, la chaleur est exquise. Nous nous endormons d'un sommeil sans rêve, rythmé par les vagues, les oiseaux voyageurs et notre respiration longue et équilibrée. Nous sommes allongés, reposés par cette fuite de la réalité. 

Par Alundra - Publié dans : Textes - Communauté : Loisirs & Passions
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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 22:56

B-M


La fin est proche, que dois-je faire ? Quelle chose peut bien me rattacher à cette terre ? Tout est fini, je le sens, car j'ai beau faire le bilan, je ne vois aucune échappatoire.
Jeune joueur que je suis, j'ai commencé à me ruiner sur internet – satanés publicités qui nous promettent la richesse grâce à des logiciels de casino. Je n'avais plus un sou, et ma femme a accouché de jumeaux durant cette période là. Je me suis mis à boire, perdu, à tel point que cette Jack Daniel's est devenue mon inséparable amie.
Ah, le bel et séduisant entrepreneur est devenu une loque, les cheveux grisâtres en pagaille, les yeux plissés, les cernes creusés, les traits tirés et les muscles fondus ! La misère et l'alcool m'ont déposé ce masque ignoble, mais ces insatiables traîtres, comme des génies maléfiques, m'ont aussi fait don d'une fatigue et d'une lassitude interminables.
Et comme si ça ne suffisait pas, ma femme m'a quitté la semaine dernière - ceci est quelque peu logique, je ne suis plus rien !
Je suis désespéré : mes dettes se multiplient au même rythme que les emplois qui me sont refusés. Mon studio sera bientôt saisi, sur cette facture que je tiens à la main je vois que je dois sept mois de loyer. Mais comment payer cela alors que je n'ai pas assez de monnaie pour me préparer un vrai repas.
Je regrette - aussi le regret est facile. Enfin, j'avais tout pour être heureux : un job stable, une parfaite épouse, des amis... pourquoi ai-je parié ma félicité ?!
J'ai vendu mon âme au diable, il faut donc que je passe de l'autre côté, que mon corps suive, mais je n'y parviens pas. Une voix intérieure me dit de rester. Je crois que ma conscience m'implore de bien réfléchir, de revisiter mes souvenirs afin de me montrer quelque chose.
Mais que puis-je voir dans le vide de mon esprit mis à part la mort ? Tout ce que se tient autour de moi me fait penser que je n'ai plus rien à faire ici : cet appartement est miteux, mon porte-feuille est vide et on va tout me prendre. Je vais finir à la rue en plein hiver, à quoi bon vivre si c'est pour souffrir de plus en plus ? Mon existence, musée de l'horreur, me ramène à mettre un terme à tout ça.
Bon sang, « mais je vous en prie » supplie-t-elle cette statue figée qu'est la vie. Eh quoi ! elle ne me vient pas en aide, pourtant elle me demande de garder courage !
Il suffit, je suis lassé de tout cela, je ne remettrai jamais plus les pieds dans ce musée.

Par Alundra - Publié dans : Textes - Communauté : Loisirs & Passions
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Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /Jan /2009 20:06
B-M


La vie est un modeste chocolat. Il paraît amer pour certains, et c'est pourquoi ils ne supportent pas ce chocolat. Ils décident alors de le mettre de côté, de le laisser pourrir, et ils paraissent constamment insatisfaits. D'autres même s'en débarrassent, le jettent au loin, et on ne les revoit plus jamais.
En fait, ils ne savent pas que ce chocolat peut gagner en qualité. Si du premier croc il nous semble ignoble et de basse qualité, c'est qu'on doit chercher à le sublimer. Bien entendu, des chanceux n'ont pas à faire ce travail, mais il est tout de même nécessaire de savoir donner la qualité parfaite à notre chocolat, à notre vie.
De ce fait, il y a différentes étapes pour améliorer le goût de notre chocolat et pour ainsi prendre du plaisir à chaque bouchée, encore et encore. Il faut tout d'abord se constituer un entourage, des amis proches et sincères, qui permettront de supprimer l'amertume de la solitude. Une fois cette mauvaise noix supprimée, il est vital de répondre à nos besoins et de les satisfaire le mieux possible afin d'affiner l'arôme. Ensuite, il est préférable de se trouver quelques sujets qui nous passionnent et d'en faire un loisir. On rendra ainsi à la friandise son caractère supérieur.
Bien entendu, si le chocolat semble parfait à ce moment, si on a l'impression d'obtenir une vie parfaite, il est encore possible de rendre le tout plus excellent encore. Il suffit de trouver l'amour qui est, en soi, le praliné. Il sublimera à perfection le chocolat de la vie. Mais ce praliné est difficile à trouver, de plus il faut l'apprécier avec délicatesse pour ne pas en être écœuré.
Pourtant, il existe des personnes gourmandes qu'il est crucial de surveiller. En effet, une fois notre subtile vie entre les mains, il faut apprendre à la consommer. Le chocolat ne doit pas être dévoré comme le ferait un porc affamé, nous devons nous délecter de chaque carreau que nous dégustons. Il faut profiter intensément de chaque bouchée et y extirper un plaisir absolu.
Mais cette tablette unique n'est pas si grande que ça, voire même ne nous correspond pas, hélas nous ne choisissons pas le modèle. Il faut alors ne pas être gourmand et difficile, il faut apprendre à vivre dans l'équilibre et apprécier ce que nous avons en ce moment même.
Profitez de la vie, dégustez intensément tous les instants : carpe diem, enjoy the day, peu importe. Vivez !
Par Alundra - Publié dans : Textes - Communauté : Loisirs & Passions
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Dimanche 1 février 2009 7 01 /02 /Fév /2009 20:40

B-M


Tu croyais avoir atteint la terre promise, tu t'étais trompée. Enfant astral abandonné dans l'immensité, tu vagabondais en quête de bonheur. Tu flottais, les yeux fermés, de constellations en constellations, d'astres en astres, de planètes en planètes, en vain. Tu ne trouvais rien et tu poursuivais ta recherche, telle une délicate feuille emportée par le vent cosmique.

Finalement, tu arrêtas subitement ton périple. Tu ouvris les yeux lentement afin de découvrir notre terre. Les couleurs merveilleuses et brutes du sol parsemé de reliefs enneigés et la profondeur du bleu de l'océan t'émerveillèrent. Pourtant, à cause des nuages, tu ne percevais pas la totalité du monde. Curieuse de découvrir ce qui se cachait derrière ce voile, tu descendis tout en transperçant ce rideau de ton corps léger. Du vide sidéral, tu entras dans le saphir céleste envoûtant, avant de pénétrer les nuées aériennes.

Et là, tu te trompas toi même.

Car en fait, les nuages servaient de cache-misère. Ton regard s'arrondit, ton doux visage prit un rictus de terreur : tu étais horrifiée. Désormais de l'autre côté du tableau que tu contemplais depuis l'espace, tu comprenais la réalité des choses : les vapeurs toxiques noires, les guerres infâmes, les populations riches voisines des pauvres qui ne font rien pour ces dernières... Tu cessas ton envol et, à hauteur d'une montagne, tu hésitas. Tu semblais perdue, tu ne savais pas quoi faire. Tu avais traversé toutes les galaxies pour trouver l'endroit où ta félicité allait germer et le seul lieu qui te convenais était ce territoire infernal. Cependant tu te relevas afin de trouver des explications.

Alors que le vent te guidait, tu découpais les cieux de manière majestueuse. Si des nuages nous couvraient, tu venais casser ce dôme naturel, ainsi nous pouvions admirer le ciel perdu. Tu voyageais comme une lance gracieuse qui déchirait le chaos céleste.

Et j'observais ces cisailles, expression du doute d'un enfant divin...

Soudainement, un chant attira ton attention. Alors que tu parcourais une ville, tu entendis des notes discrètes et mélodieuses, une musique calme et apaisante qui berçait ton esprit. Tu suivis le son plus insistant au fil des secondes. Tu te rapprochais de plus en plus, bientôt tu allais rencontrer cet Orphée envoûtant. Peu à peu, tu te rendais compte que cet air provenait d'une flûte de pan qu'un jeune homme maniait au milieu d'un parc. Il était de dos, tu marchais vers lui pour voir son visage – tu appréciais vraiment cet air.

Et cette personne, c'était moi.

Absorbée et émue par l'ambiance, tu vins t'asseoir à mes côtés sur l'herbe caressante et, installée en tailleur, tu reposas ton visage dans tes mains. Tu m'admirais le sourire aux lèvres et ton visage serein était rêveur, peut être avais-tu trouvé quelqu'un qui agissait comme dans ton utopie ?

Enfin, je soufflai le dernier son et ouvris les yeux. Je te découvris à mon tour. Que dire ? Tu étais simplement magnifique et ce silence exprimait ma surprise. Auréolée d'une lumière blanche, ton corps svelte resplendissait, à tel point qu'on ne pouvait qu'être joyeux en te voyant aussi lumineuse. Tu étais nue, mais tes longs et soyeux cheveux bruns tombaient en cascade, préservant ton intimité. Tu demeurais calme, et ta respiration apaisée faisait gonfler sensiblement ta poitrine. Ensuite, j'avais été gêné par ton regard : tu me fixais de tes yeux bleus d'une pureté incroyable, qui s'alliaient parfaitement à ton aura. Tu me souriais, tes lèvres d'un rose pâle me charmaient. Beauté nébuleuse, tu étais simple mais à la fois fabuleuse.

Et je ne voulais pas te perdre...

Alors que notre contemplation persistait, nos mains se rencontrèrent dans un mouvement coordonné, comme si nous étions liés par la pensée. Tu ne parlais pas, tu ne savais pas comment faire, pourtant je percevais clairement tes désirs. Tu projetais de trouver une terre accueillante, un havre de paix, de félicité, afin de vivre de manière épanouie. Malheureusement, pauvre fille, tu avais été piégée par le leurre subtil des cieux. Maintenant tu ne pouvais plus partir car, une fois atterri à un endroit, tu devais y rester : tes ailes invisibles avaient disparu.

Et tu me demandais quoi faire.

Sans mot dire, je serrai tes mains dans les miennes tout en concentrant mon regard. Plus insistant dans mes pensées, je tentai de te faire partager mes visions. Tandis que tu acceptas cette communication spirituelle, je t'emmenai dans mon univers. Lentement, les sons tombèrent en fondu progressif, la vie se tut, le vent s'arrêta, le monde disparut. Il ne restait plus que nous, assis sur l'herbe, le ciel azur comme seul toit. Peu après, quelques arbres prirent forme, des animaux dispersés par-ci par-là se distinguèrent, une atmosphère fraîche, accompagnée de discrets clapotis, s'harmonisa avec la chaleur agréable.

Délicat orchestre romantique, la symphonie du rêve se joua rien que pour nous. Nous nous trouvions dans un territoire agréable, un lac crépusculaire somptueux coupé du monde. Ceci fut désormais notre jardin sacret, une utopie personnelle que je partageais avec toi, muse cosmique.

Et depuis tu hantes mes songes, affectueuse nébuleuse. 

Par Alundra - Publié dans : Textes - Communauté : Loisirs & Passions
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Mercredi 25 février 2009 3 25 /02 /Fév /2009 22:49

(Image tirée de l'album Final Fantasy IV OST)



Cœur vaillant, brillant combattant, tel est l’image du héros légendaire, du chevalier sans peur tuant les brigands, monstres, ogres et autres créatures, et sauvant le peuple pour le plus grand plaisir des bardes, chantant à pleine voix les louanges de cette personne unique dans les quatre coins du royaume, des grandes cités jusqu’aux contrées les plus éloignées.
Mais cette image de l’aventurier est bien erronée, ô vous pouvez me croire. Bien peu de bonnes gens connaissent l’envers du décors : quelle est réellement notre figure mythique et héroïque ? La rumeur court et, rapide comme le vent, vous dit en un instant les bons faits et gestes de l’homme en armure aux ambitions sympathiques et courageuses et à l’épée justicière. Quelles affabulations vous dirai-je ! Mes pauvres, on vous ment sans cesse : que c’est mesquin de prendre les auditeurs pour de tels ignares.
Ô mais je vois ici et là quelques fourches se brandir, des torches enflammées se lever ainsi que d’autres ustensiles montrant leurs lames acérées déjà écarlate à l’idée de me couper le gosier. Calmez vous chers amis, rangez moi ces outils et préparez quelques petites chopines. Pour ce soir, je prends la place du ménestrel et je vous entonne l’air de la vérité.

Grand, beau, valeureux et musclé, notre homme sort de son village enchanté. L’épée au côté, il veut partir à l'aventure, mais hélas il est bien peureux. Car oui notre protagoniste n’est point préparé au combat, en fait il cherche juste la célébrité : désirant charmer la douce princesse du royaume,il doit tout d'abord prouver ses compétences de chevalier. Voilà donc l’histoire telle qu’elle est, telle que je l’ai vécue.

Alors que je me trouvais au désarrois dans une taverne sombre, notre héros entra en grandes pompes, sûr de lui. Soudainement, il se jeta à mes pieds, le visage en pleurs, tout en me suppliant de l'aider pour quelques écus. Voyez comme j'avais pitié du pauvre, aussi j'avais besoin d'un peu d'argent, alors j'acceptai mollement.
Le jour s'était levé et nous avions regroupé les armes et les différentes affaires pour notre aventure. Pourtant, de manière bien orgueilleuse, le jeune garçon me houspillait dessus comme le ferait le pire des cavaliers : « Je ne veux rien savoir paysan, tu porteras ces valises ! »,
me criait-il.
Ainsi, sur cette note de gaieté et de bonne humeur; nous partîmes ensemble réaliser sa quête. Nous traversions une plaine ensoleillée, ravis de cette agréable journée, lorsque subitement apparut un Limon, monstre gélatineux somme toute peu inquiétant. Notre fidèle s'effraya sans raison et, mimant d'être fatigué, il me jeta son épée en m'ordonnant de tuer.
Ni une ni deux, en un coup vertical aussitôt dit aussitôt fait l'ennemi se trouvait anéanti. A peine ma besogne achevée, l'autre me déroba de manière nonchalante l'arme que je m'apprêtais à ranger. Surpris, je me retournai et compris instantanément le stratagème : un paysan passait par là et il voulait, avec une danse ridicule, faire croire qu'il était vertueux et qu'il m'avait sauvé. L'ignorant, sans même s'occuper de moi, acclama alors très fortement ce « maître » avant de courir joyeusement vers sa paroisse.
Tandis que nous nous apprêtions à reprendre notre route, un jeune soldat, averti par les éloges du paysan, vint nous prévenir que son royaume connaissait quelques troubles et que les efforts du héros ne seraient pas vains. Bien évidement, personne ne s'intéressait à la mule que j'étais.
Nous arrivâmes finalement au château de Kasselhan, royaume prestigieux de nos contrées. Pourtant, dès l'entrée, notre héros m'obligea à l'éviter à tout prix afin de «ne pas ternir sa précieuse notoriété grandissante ». Il ajouta aussi qu'un « simple poltron et mendiant de mon espèce ne devait pas salir le sublime blason de sa personne ». Quel arrogant cet homme, ne trouvez-vous pas ? D'ailleurs l'impression amère que j'avais se trouvait confirmée par un homme éméché passant par là :
« Mon p'tit gars... n'te laisse pas faire ! Il te rejette pour courir les jupons mais, crois-moi, affirme-toi et fais-toi un nom ! »
Il n'avait pas tort, son idée me semblait bonne, mais comme il n'avait pas toute sa tête, et peut-être aussi parce que j'étais trop gentil, je décidais de laisser une seconde chance à notre héros.


L'après zénith avait déjà bien avancé lorsque, alors que je dégustais une cuisse de poulet tout en sirotant une chopine fraîche, notre héros arriva avec entrain. Jubilant, il m'arracha ma nourriture et ma boisson et me plaqua un papier sur la figure. Tandis qu'il grignotait et se désaltérait, je lisais le prospectus tout en donnant mon avis :
« Je veux bien vous accompagner, messsssire – je me moquais de lui, il m'avait volé mes vivres ! - mais ceci est un ordre qui vous est destiné, c'est donc à vous, et à vous seul, de tuer ce monstre. Allons-y messire, mais je vous somme de ne pas me tromper et de ne pas m'exploiter une fois encore. »
Toujours prêts au combat, nous nous dirigeâmes sans plus attendre vers les montagnes du royaume pour détruire des ogres écervelés qui menaçaient le cité.
Si le chemin fut aisé, l'arrivée dans les cavernes de la montagne fut un terrible désastre. Comme la lumière se dissipe dans les ténèbres, notre héros disparut lorsqu'il pénétra dans la grotte obscure. Apeuré, effrayé, notre valeureux et glorieux chevalier se blottit dans un coin, se crispant dans ses mains. Ses promesses semblaient vaines encore une fois, cela suffisait...
Pourtant, je ne pouvais guère lui faire de reproche car, soudainement, un géant gigantesque survint de l'ombre la masse levée et le visage couvert de sang. Voulant tout d'abord nous intimider, il nous hurla dessus, lâchant de gros filets de bave. Je ne bougeais point – je demeure un mercenaire de métier – tandis que l'autre pleurait dans son coin, priant sa mère de le sauver. Profitant de cette ouverture, une deuxième créature surgit du fond et courut vers le preux en grognant. Alerté par ses rugissements, je me jetai vélocement vers elle et, grâce à une roulade subtile, j'attrapai mon épée posée au sol. Dans le même mouvement, je poussai sur mes pieds et transperçai le dos de l'ogre. Figé, le monstre s'effondra au moment où je retirai mon arme à l'aide d'un coup de pied rageur. Notre héros se trouvait ébahi, les yeux perlés et enchantés par mon geste. Tout en notant ce regard, je me retournai vers le dernier ogre.
Désormais craintif et peu rassuré, le monstre hideux reculait de peur de mourir à son tour. Poussé par un cri victorieux, je me dirigeai au pas de course vers l'ennemi, la lame derrière mon dos. D'un bond, je rabattis l'arme sur le visage sauvage de l'ogre, il n'était plus.
Sauvés, je relevai notre peureux chevalier, toujours en larme. Il récupéra l'épée maculée de sang tout en me remerciant :
« Je ne te mérite point, ô noble mercenaire. Tu me viens en aide malgré le peu d'argent que j'ai à t'offrir et, en plus, tu ne cesses de me sauver. Mais qui suis-je pour t'insulter tel que j'ai pu le faire, qui suis-je pour te manquer de respect par mon comportement arrogant ? Tu es un héros, moi je ne sais même pas manier un lance-pierres ! Pourrais-tu un jour accepter mes plates excuses, glorieux combattant ? »
Durant le trajet, il poursuivait son discours :
« En réalité, je t'ai seulement engagé pour conquérir le cœur de la princesse – quelle charmante demoiselle. Je devais prouver ma loyauté et mes qualités, je n'ai ni l'un ni l'autre. Je suis donc venu à ta rencontre car, dans le milieu, tu jouis d'une bonne renommée. »

Chers ami, voyez et écoutez : ceci reste la vérité ! Notre héros apparait bien faible et vain, il est tout l'opposé de l'idéal masculin. Mais ce qui va suivre ne fera que renforcer son mauvais caractère...


Au milieu du chemin, nous vîmes que la nuit allait tomber. Je proposai ainsi à mon compagnon de camper pour repartir dans la matinée. Malheureusement, ce dernier restait effrayé, chaque petit bruit ravivait ses craintes. Personnellement touché, je lui fit une remarque :
- Messire, pourquoi toujours tout redouter ? Au lieu de vous dérober, vous devriez faire preuve de plus de conviction pour devenir vous-même une personne courageuse et vertueuse. Vous tremblez sans cesse, mais si vous me laissez vous entraîner vous parviendrez à devenir un bon guerrier.
- Oh, transforme-moi, métamorphose comme il peut te plaire ! Fais de moi un guerrier pour que je puisse conquérir moi-même ma belle princesse et, une fois mon objectif atteint, je scanderai ton nom. Véritable chevalier généreux et courageux, je te suis reconnaissant de ta gentillesse !
Étonné par sa reconnaissance, je me trouvais satisfait de son nouveau caractère. Reposés, nous nous endormîmes facilement.
L'aube venait doucement, le soleil se levait timidement, le ciel se dégradait de tons mauves et oranges discrets. Sorti de ma tente, j'aperçus mon compagnon cueillir des baies pour le petit-déjeuner. Alors que nous mangions, nous commencions à cibler l'entraînement afin de gagner du temps :
- Avez-vous, messire, une compétence préférée ?, lui demandai-je souriant. Visez-vous comme un maître archer, charmez-vous comme un grand sorcier ou êtes-vous aussi fort et agile qu'un superbe guerrier ?
- Hélas, répondit-il attristé, je n'ai aucune de ces compétences...
Bien entendu, je n'avais pas pensé au lance-pierres qu'il ne savait pas manier. Ainsi, je me rendais compte que nous demeurions dans une impasse : comment aurait-on pu faire pour prouver sa force ? Après quelques minutes d'interrogation, je lui proposais un grand et magnifique combat truqué.
« Voyez-vous, ajoutai-je, nous irons au centre de la cité pour vous surestimer. Rien de mieux que l'esbroufe et l'excès pour impressionner la foule. Avec quelques écus, j'engagerai un complice afin de jouer le rôle de la créature infâme et menaçante. Les sujets vont s'agiter, je vous appellerai ainsi, messire, vous viendrez de manière héroïque et vous pourfendrez le monstre tel le sauveur de notre destinée. Auréolé par ce haut-fait, vous connaîtrez la gloire et l'amour de votre princesse. »
Il m'embrassa soudainement, heureux du stratagème que j'avais trouvé pour lui.

Quelques longues minutes plus tard, nous rentrâmes à Kasselhan et, excités par notre projet, nous partîmes très vite chercher notre complice. Ainsi, nous dénichâmes très tôt le faux ennemi et une sorte de déguisement confectionné par un artisan, lui aussi payé pour ne rien révéler du stratagème. Notre monstre, une sorte de gobelin affreux au visage ensanglanté et armé d'une épée aiguisée, sortit d'une ruelle en poussant des cris gutturaux, effrayant et désordonnant la société. La populace apeurée ne savait quoi faire et, jouant parfaitement son rôle, notre chevalier sauta d'un toit l'arme brandie et se réceptionna tout en finesse. Il se retourna soudainement vers le monstre le regard froncé et électrique, la main serrant plus fortement le manche de l'épée. Instantanément, il bondit agilement vers l'ennemi, donnant l'impression d'être un guerrier aguerri. Soudainement, les deux épées se rencontrèrent, et un duel épique débuta. Les deux adversaires attaquaient, se défendait et tentaient de riposter avec une violence contrôlée. Ce combat demeurait parfait, un véritable manège palpitant plaisant à voir. Enfin, notre héros, qui s'était baissé pour éviter une attaque circulaire, profita d'une brèche de la défense du monstre pour lui planter la lame en plein cœur. La cimeterre truquée fonctionnait : la lame s'était bien rétractée dans une partie du manche et la capsule de sang de porc avait bien explosé. Le jeu avait réussi, la foule, restée étonnée par ce combat, acclama le nouveau sauveur, véritable chevalier sans peur.
Il ne fallut alors que très peu de temps pour que cet exploit eut des conséquences importantes. Son nom grossit et grandit, le royaume s'émerveilla vivement de notre héros. Ce fut pourquoi la princesse demanda le soir même de le rencontrer. Pourtant, à partir du moment où je l'avais dit de se jeter de toit, je ne l'avais pas revu et aucune nouvelle ne m'était parvenue. Me questionnant sur la sincérité de ses promesses, je rentrais dans le château qui offrait un banquet en l'honneur du chevalier. Lorsqu'on me demanda à quel nom je venais, j'affirmai que j'étais l'ami du héros du jour. Donnant mon nom, on m'ordonna de partir : je n'étais pas sur la liste des invités, par conséquent « le charlatan devait sortir ».
Que pouvait bien être cette mascarade, j'avais aidé cet homme et il m'avait promis la reconnaissance de ma gentillesse ?! Irrité, je repoussai les gardes pour trouver ce menteur, qui était en train de rire avec sa princesse. Hélas rattrapé par la dizaine de soldats, j'avais été forcé de hurler mes revendications au centre de la salle de réception.
« Et qu'en est-il de votre promesse, vile traîtresse ? Je vous ai offert ce bonheur qui était inaccessible pour une lavette de votre espèce et voilà que vous me rejetez encore une fois ?! Cet affront est de trop, gredin perfide, et ma vengeance n'en sera que plus terrible ! »
Hautain, notre héros protestait qu'il ne m'avait jamais connu, que je devais sûrement être un fou. On me retira du château et je demeurais sans émotion : comment avait-il pu me trahir après tous mes efforts ?
Profondément aigri, je partis le soir même rencontrer un chaman nomade. Ce maître des runes pouvait admirablement combler mes désirs...

Cœur vaillant, brillant combattant, telle est l’image du héros légendaire, du chevalier sans peur tuant les brigands, monstres, ogres et autres créatures, et sauvant le peuple pour le plus grand plaisir des bardes, chantant à pleine voix les louanges de cette personne unique dans les quatre coins du royaume, des grandes cités jusqu’aux contrées les plus éloignées.
Mais cette image de l’aventurier est bien erronée, ô vous pouvez me croire. Bien peu de bonnes gens connaissent l’envers du décors : quelle est réellement notre figure mythique et héroïque ? La rumeur court et, rapide comme le vent, vous dit en un instant les bons faits et gestes de l’homme en armure aux ambitions sympathiques et courageuses et à l’épée justicière. Quelles affabulations vous dirai-je ! Mes pauvres, on vous ment sans cesse : que c’est mesquin de prendre les auditeurs pour de tels ignares.
Ô mais je vois ici et là quelques fourches se brandir, des torches enflammées se lever ainsi que d’autres ustensiles montrant leurs lames acérées déjà écarlate à l’idée de me couper le gosier. Calmez vous chers amis, rangez moi ces outils et préparez quelques petites chopines. Pour ce soir, je prends la place du ménestrel et je vous entonne l’air de la vérité.


Grand, beau, valeureux et musclé, notre homme sort de son village enchanté. L’épée au côté, il veut partir à l'aventure, mais hélas il est bien peureux. Car oui notre protagoniste n’est point préparé au combat, en fait il cherche juste la célébrité : pour charmer la douce princesse du royaume, il doit tout d'abord prouver ses compétences de chevalier. Voilà donc l’histoire telle qu’elle est, telle que je l’ai vécue.

Alors que je me trouvais au désarrois dans une taverne sombre, notre héros entra en grandes pompes, sûr de lui. Soudainement, il se jeta à mes pieds, le visage en pleurs, tout en me suppliant de l'aider pour quelques écus. Voyez comme j'avais pitié du pauvre, aussi j'avais besoin d'un peu d'argent, alors j'acceptai mollement.
Le jour s'était levé et nous avions regroupé les armes et les différentes affaires pour notre aventure. Pourtant, de manière bien orgueilleuse, le jeune garçon me houspillait dessus comme le ferait le pire des cavaliers : « Je ne veux rien savoir paysan, tu porteras ces valises ! », me criait-il.
Ainsi, sur cette note de gaieté et de bonne humeur; nous partîmes ensemble réaliser sa quête. Nous traversions une plaine ensoleillée, ravis de cette agréable journée, lorsque subitement apparut un Limon, monstre gélatineux somme toute peu inquiétant. Notre fidèle ami s'effraya sans raison et, mimant d'être fatigué, il me jeta son épée en m'ordonnant de tuer.
Ni une ni deux, en un coup vertical aussitôt dit aussitôt fait l'ennemi se trouvait anéanti. A peine ma besogne achevée, l'autre me déroba de manière nonchalante l'arme que je m'apprêtais à ranger. Surpris, je me retournai et compris instantanément le stratagème : un paysan passait par là et il voulait, avec une danse ridicule, faire croire qu'il était vertueux et qu'il m'avait sauvé. L'ignorant, sans même s'occuper de moi, acclama alors très fortement ce « maître » avant de courir joyeusement vers sa paroisse.
Tandis que nous nous apprêtions à reprendre notre route, un jeune soldat, averti par les éloges du paysan, vint nous prévenir que son royaume connaissait quelques troubles et que les efforts du héros ne seraient pas vains. Bien évidement, personne ne s'intéressait à la mule que j'étais.
Nous arrivâmes finalement au château de Kasselhan, royaume prestigieux de nos contrées. Pourtant, dès l'entrée, notre héros m'obligea à l'éviter à tout prix afin de «ne pas ternir sa précieuse notoriété grandissante ». Il ajouta aussi qu'un « simple poltron et mendiant de mon espèce ne devait pas salir le sublime blason de sa personne ». Quel arrogant cet homme, ne trouvez-vous pas ? D'ailleurs l'impression amère que j'avais se trouvait confirmée par un homme éméché qui passait par là et qui me dit : « Mon p'tit gars... n'te laisse pas faire ! Il te rejette pour courir les jupons mais, crois-moi, affirme-toi et fais-toi un nom ! »
Il n'avait pas tort, son idée me semblait bonne, mais comme il n'avait pas toute sa tête, et peut-être aussi parce que j'étais trop gentil, je décidai de laisser une seconde chance à notre héros.

L'après zénith avait déjà bien avancé lorsque, alors que je dégustais une cuisse de poulet tout en sirotant une chopine fraîche, notre héros arriva avec entrain. Jubilant, il m'arracha ma nourriture et ma boisson et me plaqua un papier sur la figure. Tandis qu'il grignotait et se désaltérait, je lus le prospectus tout en donnant mon avis :
« Je veux bien vous accompagner, messsssire – je me moquais de lui, il m'avait volé mon déjeuner ! - mais ceci est un ordre qui vous est destiné, c'est donc à vous, et à vous seul, de tuer ce monstre. Allons-y messire, mais je vous somme de ne pas me tromper et de ne pas m'exploiter une fois encore. »
Toujours prêts au combat, nous nous dirigeâmes sans plus attendre vers les montagnes du royaume pour détruire des ogres écervelés qui menaçaient le cité.
Si le chemin fut aisé, l'arrivée dans les cavernes de la montagne fut un terrible désastre. Comme la lumière se dissipe dans les ténèbres, notre héros disparut lorsqu'il pénétra dans la grotte obscure. Apeuré, effrayé, notre valeureux et glorieux chevalier se blottit dans un coin, se crispant dans ses mains. Ses promesses semblaient vaines encore une fois, cela suffisait...
Pourtant, je ne pouvais guère lui faire de reproche car, soudainement, un énorme géant survint de l'ombre la masse levée et le visage couvert de sang. Pour nous intimider, il nous hurla dessus, lâchant de gros filets de bave. Je ne bougeai point – je demeure un mercenaire de métier – et l'autre pleura dans son coin et pria sa mère de le sauver. Profitant de cette ouverture, une deuxième créature surgit du fond et courut vers le preux en grognant. Alerté par ses rugissements, je me jetai vélocement vers elle et, grâce à une roulade subtile, j'attrapai mon épée posée au sol. Dans le même mouvement, je poussai sur mes pieds et transperçai le dos de l'ogre. Figé, le monstre s'effondra au moment où je retirai mon arme à l'aide d'un coup de pied rageur. Notre héros se trouvait ébahi, les yeux perlés et enchantés par mon geste. Tout en notant ce regard, je me retournai vers le dernier ogre.
Désormais craintif et peu rassuré, le monstre hideux recula de peur de mourir à son tour. Poussé par un cri victorieux, je me dirigeai au pas de course vers l'ennemi, la lame derrière mon dos. D'un bond, je rabattis l'arme sur le visage sauvage de l'ogre, il n'était plus.
Sauvés, je relevai notre peureux chevalier, toujours en larme. Il récupéra l'épée maculée de sang tout en me remerciant : « Je ne te mérite point, ô noble mercenaire. Tu me viens en aide malgré le peu d'argent que j'ai à t'offrir et, en plus, tu ne cesses de me sauver. Mais qui suis-je pour t'insulter tel que j'ai pu le faire, qui suis-je pour te manquer de respect par mon comportement arrogant ? Tu es un héros, moi je ne sais même pas manier un lance-pierres ! Pourrais-tu un jour accepter mes plates excuses, glorieux combattant ? »
Durant le trajet, il poursuivait son discours : « En réalité, je t'ai seulement engagé pour conquérir le cœur de la princesse – quelle charmante demoiselle. Je devais prouver ma loyauté et mes qualités, je n'ai ni l'un ni l'autre. Je suis donc venu à ta rencontre car, dans le milieu, tu jouis d'une bonne renommée. »

Chers ami, voyez et écoutez : ceci reste la vérité ! Notre héros apparait bien faible et vain, il est tout l'opposé de l'idéal masculin. Mais ce qui va suivre ne fera que renforcer le preuve son mauvais caractère...

Au milieu du chemin, nous vîmes que la nuit allait tomber. Je proposai ainsi à mon compagnon de camper pour repartir dans la matinée. Malheureusement, ce dernier semblait effrayé, chaque petit bruit ravivait ses craintes. Personnellement touché, je lui fit une remarque :
« Messire, pourquoi toujours tout redouter ? Au lieu de vous dérober, vous devriez faire preuve de plus de conviction pour devenir vous-même une personne courageuse et vertueuse. Vous tremblez sans cesse, mais si vous me laissez vous entraîner vous parviendrez à devenir un bon guerrier.
- Oh, transforme-moi, métamorphose comme il peut te plaire ! Fais de moi un guerrier pour que je puisse conquérir moi-même ma belle princesse et, une fois mon objectif atteint, je scanderai ton nom. Véritable chevalier généreux et courageux, je te suis reconnaissant de ta gentillesse ! »
Étonné par sa reconnaissance, je me trouvais satisfait de son nouveau caractère. Reposés, nous nous endormîmes facilement.
L'aube venait doucement, le soleil se levait timidement, le ciel se dégradait de tons mauves et oranges discrets. Sorti de ma tente, j'aperçus mon compagnon cueillir des baies pour le petit-déjeuner. Alors que nous mangions, nous commencions à cibler l'entraînement afin de gagner du temps :
« Avez-vous, messire, une compétence préférée ?, lui demandai-je souriant. Visez-vous comme un maître archer, charmez-vous comme un grand sorcier ou êtes-vous aussi fort et agile qu'un superbe guerrier ?
- Hélas, répondit-il attristé, je n'ai aucune de ces compétences... »
Bien entendu, je n'avais pas pensé au lance-pierres qu'il ne savait pas manier. Ainsi, je me rendis compte que nous demeurions dans une impasse : comment aurait-on pu faire pour prouver sa force ? Après quelques minutes d'interrogation, je lui proposai un grand et magnifique combat truqué.
« Voyez-vous, ajoutai-je, nous irons au centre de la cité pour vous surestimer. Rien de mieux que l'esbroufe et l'excès pour impressionner la foule. Avec quelques écus, j'engagerai un complice afin de jouer le rôle de la créature infâme et menaçante. Les sujets vont s'agiter, je vous appellerai. Ainsi, messire, vous viendrez de manière héroïque et vous pourfendrez le monstre tel le sauveur de notre destinée. Auréolé par ce haut-fait, vous connaîtrez la gloire et l'amour de votre princesse. »
Il m'embrassa soudainement, heureux du stratagème que j'avais trouvé pour lui.

Quelques longues minutes plus tard, nous rentrâmes à Kasselhan et, excités par notre projet, nous partîmes très vite chercher notre complice. Nous dénichâmes très tôt le faux ennemi et une sorte de déguisement confectionné par un artisan, lui aussi payé pour ne rien révéler du stratagème. Notre monstre, une sorte de gobelin affreux au visage ensanglanté et armé d'une épée aiguisée, sortit d'une ruelle en poussant des cris gutturaux, effrayant et désordonnant la société. La populace apeurée ne savait quoi faire et, jouant parfaitement son rôle, notre chevalier sauta d'un toit l'arme brandie et se réceptionna tout en finesse. Il se retourna soudainement vers le monstre le regard froncé et électrique, la main serrant plus fortement le manche de l'épée. Instantanément, il bondit agilement vers l'ennemi et donna l'impression d'être un guerrier aguerri. Soudainement, les deux épées se rencontrèrent, et un duel épique débuta. Les deux adversaires attaquaient, se défendait et tentaient de riposter avec une violence contrôlée. Ce combat demeurait parfait, un véritable manège palpitant plaisant à voir. Enfin, notre héros, qui s'était baissé pour éviter une attaque circulaire, profita d'une brèche de la défense du monstre pour lui planter la lame en plein cœur. La cimeterre truquée fonctionnait : la lame s'était bien rétractée dans une partie du manche et la capsule de sang de porc avait bien explosé. Le jeu avait réussi, la foule, restée étonnée par ce combat, acclama le nouveau sauveur, véritable chevalier sans peur.
Il ne fallut alors que très peu de temps pour que cet exploit eut des conséquences importantes. Son nom grossit et grandit, le royaume s'émerveilla vivement de notre héros. Ce fut pourquoi la princesse demanda le soir même de le rencontrer. Pourtant, à partir du moment où je l'avais dit de se jeter de toit, je ne l'avais pas revu et aucune nouvelle ne m'était parvenue. Me questionnant sur la sincérité de ses promesses, je rentrai dans le château qui offrait un banquet en l'honneur du chevalier. Lorsqu'on me demanda à quel nom je venais, j'affirmai que j'étais l'ami du héros du jour. Je donnai son nom et, en guise de réponse, on m'ordonna de partir : je n'étais pas sur la liste des invités, par conséquent « le charlatan devait sortir ».
Que pouvait bien être cette mascarade, j'avais aidé cet homme et il m'avait promis la reconnaissance de ma gentillesse ! Irrité, je repoussai les gardes pour trouver ce menteur, qui était en train de rire avec sa princesse. Hélas rattrapé par la dizaine de soldats, j'avais été forcé de hurler mes revendications au centre de la salle de réception.
« Et qu'en est-il de votre promesse, vile traîtresse ? Je vous ai offert ce bonheur qui était inaccessible pour une lavette de votre espèce et voilà que vous me rejetez encore une fois ?! Cet affront est de trop, gredin perfide, et ma vengeance n'en sera que plus terrible ! »
Hautain, notre héros protestait qu'il ne m'avait jamais connu, que je devais sûrement être un fou. On me retira du château. Je demeurais sans émotion : comment avait-il pu me trahir après tous mes efforts ?
Profondément aigri, je partis le soir même rencontrer un chaman nomade. Ce maître des runes pouvait admirablement combler mes désirs...

Le lendemain matin, le royaume se retrouvait dans l'embarras : un dragon sacré des montagnes cracheur de flammes s'approchait du château et il semblait bien qu'il venait pour l'attaquer. Bien entendu, tout le peuple se tourna vers notre héros, dernier homme à avoir fait ses preuves. Malheureusement, ce dernier s'agita, ne sachant comment agir. Chagriné, il redevint peureux et obligea le royaume à sombrer. Ainsi, tout le monde sortit pour observer la progression du monstre. Il se rapprochait dangereusement des remparts. Tout à coup, j'apparus calme et triomphal dans les rues. Cela créa un silence profond. Tout le monde se retourna et constata mon élégance par mon arc solide orné d'inscriptions antiques et ma seule et unique flèche entourée d'une aura bleue mystique. Mimant de ne pas les voir, je montai promptement une échelle pour atteindre les remparts. Tous se déplacèrent pour voir cette personne tentant d'affronter le dragon. Lentement, je me plaçai le mieux possible puis j'armai mon arc et, finalement, je pris le temps de viser et de me concentrer. Tous se turent et retinrent leur respiration, on n'entendit que le vol monotone et inquiétant du dragon s'approchant encore et encore. Enfin, le sifflement aigu fendit l'air, alarmant les personnes derrière moi. Une fraction de secondes plus tard, le dragon rugit, hurla, et tomba lourdement. Hébétés, ils sortirent pour comprendre ce qui s'était passé : la flèche avait transpercé les écailles et s'était fichée dans le cœur du démon, mort sur le coup. Progressivement, la foule se mit à crier : imaginez la surprise des citoyens, le chevalier s'étant dérobé ce fut un inconnu qui les avait sauvés.
Ils oublièrent vivement notre bouffon pour porter de leur bras le véritable héros. Moi qui espérais gagner une modique somme de mon travail, voilà que je me trouvais être un nouvel héros, une nouvelle idole véritable figure de courage, de bravoure et de loyauté. Si grande fut la déchéance de notre faux héros que, encore aujourd'hui, il vit de la honte de sa tromperie au fond d'un cachot, banni pour haute trahison et usurpation.

Voyez-vous, cette histoire prouve bien que les chevaliers ne sont pas souvent ce qu'ils prétendent être. Ceux qui vantent leur mérite restent des poltrons, ils surestiment le peu qu'ils ont accompli. Moi qui suis un chevalier officiellement reconnu demeure humble, à tel point que vous ne soupçonniez en aucune façon l'origine du ménestrel que j'étais durant la narration de cette histoire. En tout les cas, si cette épopée nous a montré la vanité fréquente des chevaliers, elle nous a aussi appris la morale qui suit, que j'ai moi-même formulée à notre compère :
Toi pour qui gentillesse n’est pas un but
Mais qui souhaite juste une fausse renommée brute,
Plus dure sera ta chute ! 

Par Alundra - Publié dans : Textes - Communauté : Loisirs & Passions
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  • Alundra
  • Blog de Alundra
  • Homme
  • 09/10/1991
  • Artiste Photographie Littérature Ecriture Passion
  • Il y a tant de choses qui nous touchent ; et l'âme brassée par la vie a tant de choses à dire. Fermons notre corps et ouvrons notre esprit. Imagination, impressions, émotions, sentiments : tout ceci est retranscrit par l'expression.

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Parce que dans la vie,

Il y a tant de choses dont on veut parler, mais dont on arrive pas à en tirer un traitre mot.
Parce qu'il y a tant d'inégalités ou de bonheurs sur Terre, on doit y penser.
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