(Image tirée de l'album Final Fantasy IV OST)
Cœur vaillant, brillant combattant, tel est l’image du héros légendaire, du chevalier sans peur tuant les brigands, monstres, ogres et autres
créatures, et sauvant le peuple pour le plus grand plaisir des bardes, chantant à pleine voix les louanges de cette personne unique dans les quatre coins du royaume, des grandes cités jusqu’aux
contrées les plus éloignées.
Mais cette image de l’aventurier est bien erronée, ô vous pouvez me croire. Bien peu de bonnes gens connaissent l’envers du décors : quelle est réellement notre figure mythique et héroïque ? La
rumeur court et, rapide comme le vent, vous dit en un instant les bons faits et gestes de l’homme en armure aux ambitions sympathiques et courageuses et à l’épée justicière. Quelles affabulations
vous dirai-je ! Mes pauvres, on vous ment sans cesse : que c’est mesquin de prendre les auditeurs pour de tels ignares.
Ô mais je vois ici et là quelques fourches se brandir, des torches enflammées se lever ainsi que d’autres ustensiles montrant leurs lames acérées déjà écarlate à l’idée de me couper le gosier.
Calmez vous chers amis, rangez moi ces outils et préparez quelques petites chopines. Pour ce soir, je prends la place du ménestrel et je vous entonne l’air de la vérité.
Grand, beau, valeureux et musclé, notre homme sort de son village enchanté. L’épée au côté, il veut partir à l'aventure, mais hélas il est bien peureux. Car oui notre protagoniste n’est point
préparé au combat, en fait il cherche juste la célébrité : désirant charmer la douce princesse du royaume,il doit tout d'abord prouver ses compétences de chevalier. Voilà donc l’histoire telle
qu’elle est, telle que je l’ai vécue.
Alors que je me trouvais au désarrois dans une taverne sombre, notre héros entra en grandes pompes, sûr de lui. Soudainement, il se jeta à mes pieds, le visage en pleurs, tout en me suppliant de
l'aider pour quelques écus. Voyez comme j'avais pitié du pauvre, aussi j'avais besoin d'un peu d'argent, alors j'acceptai mollement.
Le jour s'était levé et nous avions regroupé les armes et les différentes affaires pour notre aventure. Pourtant, de manière bien orgueilleuse, le jeune garçon me houspillait dessus comme le
ferait le pire des cavaliers : « Je ne veux rien savoir paysan, tu porteras ces valises ! », me
criait-il.
Ainsi, sur cette note de gaieté et de bonne humeur; nous partîmes ensemble
réaliser sa quête. Nous traversions une plaine ensoleillée, ravis de cette agréable journée, lorsque subitement apparut un Limon, monstre gélatineux somme toute peu inquiétant. Notre fidèle
s'effraya sans raison et, mimant d'être fatigué, il me jeta son épée en m'ordonnant de tuer.
Ni une ni deux, en un coup vertical aussitôt dit aussitôt fait l'ennemi se trouvait anéanti. A peine ma besogne achevée, l'autre me déroba de manière nonchalante l'arme que je m'apprêtais à
ranger. Surpris, je me retournai et compris instantanément le stratagème : un paysan passait par là et il voulait, avec une danse ridicule, faire croire qu'il était vertueux et qu'il m'avait
sauvé. L'ignorant, sans même s'occuper de moi, acclama alors très fortement ce « maître » avant de courir joyeusement vers sa paroisse.
Tandis que nous nous apprêtions à reprendre notre route, un jeune soldat, averti par les éloges du paysan, vint nous prévenir que son royaume connaissait quelques troubles et que les efforts du
héros ne seraient pas vains. Bien évidement, personne ne s'intéressait à la mule que j'étais.
Nous arrivâmes finalement au château de Kasselhan, royaume prestigieux de nos contrées. Pourtant, dès l'entrée, notre héros m'obligea à l'éviter à tout prix afin de «ne pas ternir sa précieuse
notoriété grandissante ». Il ajouta aussi qu'un « simple poltron et mendiant de mon espèce ne devait pas salir le sublime blason de sa personne ». Quel arrogant cet homme, ne
trouvez-vous pas ? D'ailleurs l'impression amère que j'avais se trouvait confirmée par un homme éméché passant par là :
« Mon p'tit gars... n'te laisse pas faire ! Il te rejette pour courir les jupons mais, crois-moi, affirme-toi et fais-toi un nom ! »
Il n'avait pas tort, son idée me semblait bonne, mais comme il n'avait pas toute sa tête, et peut-être aussi parce que j'étais trop gentil, je décidais de laisser une seconde chance à notre
héros.
L'après zénith avait déjà bien avancé lorsque, alors que je dégustais une cuisse de poulet tout en sirotant une chopine fraîche,
notre héros arriva avec entrain. Jubilant, il m'arracha ma nourriture et ma boisson et me plaqua un papier sur la figure. Tandis qu'il grignotait et se désaltérait, je lisais le prospectus tout
en donnant mon avis :
« Je veux bien vous accompagner, messsssire – je me moquais de lui, il m'avait volé mes vivres ! - mais ceci est un ordre qui vous est destiné, c'est donc à vous, et à vous seul, de tuer ce
monstre. Allons-y messire, mais je vous somme de ne pas me tromper et de ne pas m'exploiter une fois encore. »
Toujours prêts au combat, nous nous dirigeâmes sans plus attendre vers les montagnes du royaume pour détruire des ogres écervelés qui menaçaient le cité.
Si le chemin fut aisé, l'arrivée dans les cavernes de la montagne fut un terrible désastre. Comme la lumière se dissipe dans les ténèbres, notre héros disparut lorsqu'il pénétra dans la grotte
obscure. Apeuré, effrayé, notre valeureux et glorieux chevalier se blottit dans un coin, se crispant dans ses mains. Ses promesses semblaient vaines encore une fois, cela suffisait...
Pourtant, je ne pouvais guère lui faire de reproche car, soudainement, un géant gigantesque survint de l'ombre la masse levée et le visage couvert de sang. Voulant tout d'abord nous intimider, il
nous hurla dessus, lâchant de gros filets de bave. Je ne bougeais point – je demeure un mercenaire de métier – tandis que l'autre pleurait dans son coin, priant sa mère de le sauver. Profitant de
cette ouverture, une deuxième créature surgit du fond et courut vers le preux en grognant. Alerté par ses rugissements, je me jetai vélocement vers elle et, grâce à une roulade subtile,
j'attrapai mon épée posée au sol. Dans le même mouvement, je poussai sur mes pieds et transperçai le dos de l'ogre. Figé, le monstre s'effondra au moment où je retirai mon arme à l'aide d'un coup
de pied rageur. Notre héros se trouvait ébahi, les yeux perlés et enchantés par mon geste. Tout en notant ce regard, je me retournai vers le dernier ogre.
Désormais craintif et peu rassuré, le monstre hideux reculait de peur de mourir à son tour. Poussé par un cri victorieux, je me dirigeai au pas de course vers l'ennemi, la lame derrière mon dos.
D'un bond, je rabattis l'arme sur le visage sauvage de l'ogre, il n'était plus.
Sauvés, je relevai notre peureux chevalier, toujours en larme. Il récupéra l'épée maculée de sang tout en me remerciant :
« Je ne te mérite point, ô noble mercenaire. Tu me viens en aide malgré le peu d'argent que j'ai à t'offrir et, en plus, tu ne cesses de me sauver. Mais qui suis-je pour t'insulter tel que j'ai
pu le faire, qui suis-je pour te manquer de respect par mon comportement arrogant ? Tu es un héros, moi je ne sais même pas manier un lance-pierres ! Pourrais-tu un jour accepter mes plates
excuses, glorieux combattant ? »
Durant le trajet, il poursuivait son discours :
« En réalité, je t'ai seulement engagé pour conquérir le cœur de la princesse – quelle charmante demoiselle. Je devais prouver ma loyauté et mes qualités, je n'ai ni l'un ni l'autre. Je suis donc
venu à ta rencontre car, dans le milieu, tu jouis d'une bonne renommée. »
Chers ami, voyez et écoutez : ceci reste la vérité ! Notre héros apparait bien faible et vain, il est tout l'opposé de l'idéal masculin. Mais ce qui va suivre ne fera que renforcer son mauvais
caractère...
Au milieu du chemin, nous vîmes que la nuit allait tomber. Je proposai ainsi à mon compagnon de camper pour repartir dans la matinée. Malheureusement, ce dernier restait effrayé, chaque petit
bruit ravivait ses craintes. Personnellement touché, je lui fit une remarque :
- Messire, pourquoi toujours tout redouter ? Au lieu de vous dérober, vous devriez faire preuve de plus de conviction pour devenir vous-même une personne courageuse et vertueuse. Vous tremblez
sans cesse, mais si vous me laissez vous entraîner vous parviendrez à devenir un bon guerrier.
- Oh, transforme-moi, métamorphose comme il peut te plaire ! Fais de moi un guerrier pour que je puisse conquérir moi-même ma belle princesse et, une fois mon objectif atteint, je scanderai ton
nom. Véritable chevalier généreux et courageux, je te suis reconnaissant de ta gentillesse !
Étonné par sa reconnaissance, je me trouvais satisfait de son nouveau caractère. Reposés, nous nous endormîmes facilement.
L'aube venait doucement, le soleil se levait timidement, le ciel se dégradait de tons mauves et oranges discrets. Sorti de ma tente, j'aperçus mon compagnon cueillir des baies pour le
petit-déjeuner. Alors que nous mangions, nous commencions à cibler l'entraînement afin de gagner du temps :
- Avez-vous, messire, une compétence préférée ?, lui demandai-je souriant. Visez-vous comme un maître archer, charmez-vous comme un grand sorcier ou êtes-vous aussi fort et agile qu'un superbe
guerrier ?
- Hélas, répondit-il attristé, je n'ai aucune de ces compétences...
Bien entendu, je n'avais pas pensé au lance-pierres qu'il ne savait pas manier. Ainsi, je me rendais compte que nous demeurions dans une impasse : comment aurait-on pu faire pour prouver sa force
? Après quelques minutes d'interrogation, je lui proposais un grand et magnifique combat truqué.
« Voyez-vous, ajoutai-je, nous irons au centre de la cité pour vous surestimer. Rien de mieux que l'esbroufe et l'excès pour impressionner la foule. Avec quelques écus, j'engagerai un
complice afin de jouer le rôle de la créature infâme et menaçante. Les sujets vont s'agiter, je vous appellerai ainsi, messire, vous viendrez de manière héroïque et vous pourfendrez le monstre
tel le sauveur de notre destinée. Auréolé par ce haut-fait, vous connaîtrez la gloire et l'amour de votre princesse. »
Il m'embrassa soudainement, heureux du stratagème que j'avais trouvé pour lui.
Quelques longues minutes plus tard, nous rentrâmes à Kasselhan et, excités par notre projet, nous partîmes très vite chercher notre complice. Ainsi, nous dénichâmes très tôt le faux ennemi et une
sorte de déguisement confectionné par un artisan, lui aussi payé pour ne rien révéler du stratagème. Notre monstre, une sorte de gobelin affreux au visage ensanglanté et armé d'une épée aiguisée,
sortit d'une ruelle en poussant des cris gutturaux, effrayant et désordonnant la société. La populace apeurée ne savait quoi faire et, jouant parfaitement son rôle, notre chevalier sauta d'un
toit l'arme brandie et se réceptionna tout en finesse. Il se retourna soudainement vers le monstre le regard froncé et électrique, la main serrant plus fortement le manche de l'épée.
Instantanément, il bondit agilement vers l'ennemi, donnant l'impression d'être un guerrier aguerri. Soudainement, les deux épées se rencontrèrent, et un duel épique débuta. Les deux adversaires
attaquaient, se défendait et tentaient de riposter avec une violence contrôlée. Ce combat demeurait parfait, un véritable manège palpitant plaisant à voir. Enfin, notre héros, qui s'était baissé
pour éviter une attaque circulaire, profita d'une brèche de la défense du monstre pour lui planter la lame en plein cœur. La cimeterre truquée fonctionnait : la lame s'était bien rétractée dans
une partie du manche et la capsule de sang de porc avait bien explosé. Le jeu avait réussi, la foule, restée étonnée par ce combat, acclama le nouveau sauveur, véritable chevalier sans peur.
Il ne fallut alors que très peu de temps pour que cet exploit eut des conséquences importantes. Son nom grossit et grandit, le royaume s'émerveilla vivement de notre héros. Ce fut pourquoi la
princesse demanda le soir même de le rencontrer. Pourtant, à partir du moment où je l'avais dit de se jeter de toit, je ne l'avais pas revu et aucune nouvelle ne m'était parvenue. Me questionnant
sur la sincérité de ses promesses, je rentrais dans le château qui offrait un banquet en l'honneur du chevalier. Lorsqu'on me demanda à quel nom je venais, j'affirmai que j'étais l'ami du héros
du jour. Donnant mon nom, on m'ordonna de partir : je n'étais pas sur la liste des invités, par conséquent « le charlatan devait sortir ».
Que pouvait bien être cette mascarade, j'avais aidé cet homme et il m'avait promis la reconnaissance de ma gentillesse ?! Irrité, je repoussai les gardes pour trouver ce menteur, qui était en
train de rire avec sa princesse. Hélas rattrapé par la dizaine de soldats, j'avais été forcé de hurler mes revendications au centre de la salle de réception.
« Et qu'en est-il de votre promesse, vile traîtresse ? Je vous ai offert ce bonheur qui était inaccessible pour une lavette de votre espèce et voilà que vous me rejetez encore une fois ?!
Cet affront est de trop, gredin perfide, et ma vengeance n'en sera que plus terrible ! »
Hautain, notre héros protestait qu'il ne m'avait jamais connu, que je devais sûrement être un fou. On me retira du château et je demeurais sans émotion : comment avait-il pu me trahir après tous
mes efforts ?
Profondément aigri, je partis le soir même rencontrer un chaman nomade. Ce maître des runes pouvait admirablement combler mes désirs...
Cœur vaillant, brillant combattant, telle est l’image du héros légendaire, du chevalier sans peur tuant les brigands, monstres, ogres
et autres créatures, et sauvant le peuple pour le plus grand plaisir des bardes, chantant à pleine voix les louanges de cette personne unique dans les quatre coins du royaume, des grandes cités
jusqu’aux contrées les plus éloignées.
Mais cette image de l’aventurier est bien erronée, ô vous pouvez me croire. Bien peu de bonnes gens connaissent l’envers du décors : quelle est réellement notre figure mythique et héroïque ? La
rumeur court et, rapide comme le vent, vous dit en un instant les bons faits et gestes de l’homme en armure aux ambitions sympathiques et courageuses et à l’épée justicière. Quelles affabulations
vous dirai-je ! Mes pauvres, on vous ment sans cesse : que c’est mesquin de prendre les auditeurs pour de tels ignares.
Ô mais je vois ici et là quelques fourches se brandir, des torches enflammées se lever ainsi que d’autres ustensiles montrant leurs lames acérées déjà écarlate à l’idée de me couper le gosier.
Calmez vous chers amis, rangez moi ces outils et préparez quelques petites chopines. Pour ce soir, je prends la place du ménestrel et je vous entonne l’air de la
vérité.
Grand, beau, valeureux et musclé, notre homme sort de son village enchanté. L’épée au côté, il veut partir à l'aventure, mais hélas il est bien peureux. Car oui notre protagoniste n’est point
préparé au combat, en fait il cherche juste la célébrité : pour charmer la douce princesse du royaume, il doit tout d'abord prouver ses compétences de chevalier. Voilà donc l’histoire telle
qu’elle est, telle que je l’ai vécue.
Alors que je me trouvais au désarrois dans une taverne sombre, notre héros entra en grandes pompes, sûr de lui. Soudainement, il se jeta à mes pieds, le visage en pleurs, tout en me suppliant de
l'aider pour quelques écus. Voyez comme j'avais pitié du pauvre, aussi j'avais besoin d'un peu d'argent, alors j'acceptai mollement.
Le jour s'était levé et nous avions regroupé les armes et les différentes affaires pour notre aventure. Pourtant, de manière bien orgueilleuse, le jeune garçon me houspillait dessus comme le
ferait le pire des cavaliers : « Je ne veux rien savoir paysan, tu porteras ces valises ! », me criait-il.
Ainsi, sur cette note de gaieté et de bonne humeur; nous partîmes ensemble réaliser sa quête. Nous traversions une plaine ensoleillée, ravis de cette agréable journée, lorsque subitement apparut
un Limon, monstre gélatineux somme toute peu inquiétant. Notre fidèle ami s'effraya sans raison et, mimant d'être fatigué, il me jeta son épée en m'ordonnant de tuer.
Ni une ni deux, en un coup vertical aussitôt dit aussitôt fait l'ennemi se trouvait anéanti. A peine ma besogne achevée, l'autre me déroba de manière nonchalante l'arme que je m'apprêtais à
ranger. Surpris, je me retournai et compris instantanément le stratagème : un paysan passait par là et il voulait, avec une danse ridicule, faire croire qu'il était vertueux et qu'il m'avait
sauvé. L'ignorant, sans même s'occuper de moi, acclama alors très fortement ce « maître » avant de courir joyeusement vers sa paroisse.
Tandis que nous nous apprêtions à reprendre notre route, un jeune soldat, averti par les éloges du paysan, vint nous prévenir que son royaume connaissait quelques troubles et que les efforts du
héros ne seraient pas vains. Bien évidement, personne ne s'intéressait à la mule que j'étais.
Nous arrivâmes finalement au château de Kasselhan, royaume prestigieux de nos contrées. Pourtant, dès l'entrée, notre héros m'obligea à l'éviter à tout prix afin de «ne pas ternir sa précieuse
notoriété grandissante ». Il ajouta aussi qu'un « simple poltron et mendiant de mon espèce ne devait pas salir le sublime blason de sa personne ». Quel arrogant cet homme, ne
trouvez-vous pas ? D'ailleurs l'impression amère que j'avais se trouvait confirmée par un homme éméché qui passait par là et qui me dit : « Mon p'tit gars... n'te laisse pas faire ! Il te
rejette pour courir les jupons mais, crois-moi, affirme-toi et fais-toi un nom ! »
Il n'avait pas tort, son idée me semblait bonne, mais comme il n'avait pas toute sa tête, et peut-être aussi parce que j'étais trop gentil, je décidai de laisser une seconde chance à notre
héros.
L'après zénith avait déjà bien avancé lorsque, alors que je dégustais une cuisse de poulet tout en sirotant une chopine fraîche, notre héros arriva avec entrain. Jubilant, il m'arracha ma
nourriture et ma boisson et me plaqua un papier sur la figure. Tandis qu'il grignotait et se désaltérait, je lus le prospectus tout en donnant mon avis :
« Je veux bien vous accompagner, messsssire – je me moquais de lui, il m'avait volé mon déjeuner ! - mais ceci est un ordre qui vous est destiné, c'est donc à vous, et à vous seul, de tuer ce
monstre. Allons-y messire, mais je vous somme de ne pas me tromper et de ne pas m'exploiter une fois encore. »
Toujours prêts au combat, nous nous dirigeâmes sans plus attendre vers les montagnes du royaume pour détruire des ogres écervelés qui menaçaient le cité.
Si le chemin fut aisé, l'arrivée dans les cavernes de la montagne fut un terrible désastre. Comme la lumière se dissipe dans les ténèbres, notre héros disparut lorsqu'il pénétra dans la grotte
obscure. Apeuré, effrayé, notre valeureux et glorieux chevalier se blottit dans un coin, se crispant dans ses mains. Ses promesses semblaient vaines encore une fois, cela suffisait...
Pourtant, je ne pouvais guère lui faire de reproche car, soudainement, un énorme géant survint de l'ombre la masse levée et le visage couvert de sang. Pour nous intimider, il nous hurla dessus,
lâchant de gros filets de bave. Je ne bougeai point – je demeure un mercenaire de métier – et l'autre pleura dans son coin et pria sa mère de le sauver. Profitant de cette ouverture, une deuxième
créature surgit du fond et courut vers le preux en grognant. Alerté par ses rugissements, je me jetai vélocement vers elle et, grâce à une roulade subtile, j'attrapai mon épée posée au sol. Dans
le même mouvement, je poussai sur mes pieds et transperçai le dos de l'ogre. Figé, le monstre s'effondra au moment où je retirai mon arme à l'aide d'un coup de pied rageur. Notre héros se
trouvait ébahi, les yeux perlés et enchantés par mon geste. Tout en notant ce regard, je me retournai vers le dernier ogre.
Désormais craintif et peu rassuré, le monstre hideux recula de peur de mourir à son tour. Poussé par un cri victorieux, je me dirigeai au pas de course vers l'ennemi, la lame derrière mon dos.
D'un bond, je rabattis l'arme sur le visage sauvage de l'ogre, il n'était plus.
Sauvés, je relevai notre peureux chevalier, toujours en larme. Il récupéra l'épée maculée de sang tout en me remerciant : « Je ne te mérite point, ô noble mercenaire. Tu me viens en aide malgré
le peu d'argent que j'ai à t'offrir et, en plus, tu ne cesses de me sauver. Mais qui suis-je pour t'insulter tel que j'ai pu le faire, qui suis-je pour te manquer de respect par mon comportement
arrogant ? Tu es un héros, moi je ne sais même pas manier un lance-pierres ! Pourrais-tu un jour accepter mes plates excuses, glorieux combattant ? »
Durant le trajet, il poursuivait son discours : « En réalité, je t'ai seulement engagé pour conquérir le cœur de la princesse – quelle charmante demoiselle. Je devais prouver ma loyauté et mes
qualités, je n'ai ni l'un ni l'autre. Je suis donc venu à ta rencontre car, dans le milieu, tu jouis d'une bonne renommée. »
Chers ami, voyez et écoutez : ceci reste la vérité ! Notre héros apparait bien faible et vain, il est tout l'opposé de l'idéal masculin. Mais ce qui va suivre ne fera que renforcer le preuve son
mauvais caractère...
Au milieu du chemin, nous vîmes que la nuit allait tomber. Je proposai ainsi à mon compagnon de camper pour repartir dans la matinée. Malheureusement, ce dernier semblait effrayé, chaque petit
bruit ravivait ses craintes. Personnellement touché, je lui fit une remarque :
« Messire, pourquoi toujours tout redouter ? Au lieu de vous dérober, vous devriez faire preuve de plus de conviction pour devenir vous-même une personne courageuse et vertueuse. Vous
tremblez sans cesse, mais si vous me laissez vous entraîner vous parviendrez à devenir un bon guerrier.
- Oh, transforme-moi, métamorphose comme il peut te plaire ! Fais de moi un guerrier pour que je puisse conquérir moi-même ma belle princesse et, une fois mon objectif atteint, je scanderai ton
nom. Véritable chevalier généreux et courageux, je te suis reconnaissant de ta gentillesse ! »
Étonné par sa reconnaissance, je me trouvais satisfait de son nouveau caractère. Reposés, nous nous endormîmes facilement.
L'aube venait doucement, le soleil se levait timidement, le ciel se dégradait de tons mauves et oranges discrets. Sorti de ma tente, j'aperçus mon compagnon cueillir des baies pour le
petit-déjeuner. Alors que nous mangions, nous commencions à cibler l'entraînement afin de gagner du temps :
« Avez-vous, messire, une compétence préférée ?, lui demandai-je souriant. Visez-vous comme un maître archer, charmez-vous comme un grand sorcier ou êtes-vous aussi fort et agile qu'un
superbe guerrier ?
- Hélas, répondit-il attristé, je n'ai aucune de ces compétences... »
Bien entendu, je n'avais pas pensé au lance-pierres qu'il ne savait pas manier. Ainsi, je me rendis compte que nous demeurions dans une impasse : comment aurait-on pu faire pour prouver sa force
? Après quelques minutes d'interrogation, je lui proposai un grand et magnifique combat truqué.
« Voyez-vous, ajoutai-je, nous irons au centre de la cité pour vous surestimer. Rien de mieux que l'esbroufe et l'excès pour impressionner la foule. Avec quelques écus, j'engagerai un
complice afin de jouer le rôle de la créature infâme et menaçante. Les sujets vont s'agiter, je vous appellerai. Ainsi, messire, vous viendrez de manière héroïque et vous pourfendrez le monstre
tel le sauveur de notre destinée. Auréolé par ce haut-fait, vous connaîtrez la gloire et l'amour de votre princesse. »
Il m'embrassa soudainement, heureux du stratagème que j'avais trouvé pour lui.
Quelques longues minutes plus tard, nous rentrâmes à Kasselhan et, excités par notre projet, nous partîmes très vite chercher notre complice. Nous dénichâmes très tôt le faux ennemi et une sorte
de déguisement confectionné par un artisan, lui aussi payé pour ne rien révéler du stratagème. Notre monstre, une sorte de gobelin affreux au visage ensanglanté et armé d'une épée aiguisée,
sortit d'une ruelle en poussant des cris gutturaux, effrayant et désordonnant la société. La populace apeurée ne savait quoi faire et, jouant parfaitement son rôle, notre chevalier sauta d'un
toit l'arme brandie et se réceptionna tout en finesse. Il se retourna soudainement vers le monstre le regard froncé et électrique, la main serrant plus fortement le manche de l'épée.
Instantanément, il bondit agilement vers l'ennemi et donna l'impression d'être un guerrier aguerri. Soudainement, les deux épées se rencontrèrent, et un duel épique débuta. Les deux adversaires
attaquaient, se défendait et tentaient de riposter avec une violence contrôlée. Ce combat demeurait parfait, un véritable manège palpitant plaisant à voir. Enfin, notre héros, qui s'était baissé
pour éviter une attaque circulaire, profita d'une brèche de la défense du monstre pour lui planter la lame en plein cœur. La cimeterre truquée fonctionnait : la lame s'était bien rétractée dans
une partie du manche et la capsule de sang de porc avait bien explosé. Le jeu avait réussi, la foule, restée étonnée par ce combat, acclama le nouveau sauveur, véritable chevalier sans peur.
Il ne fallut alors que très peu de temps pour que cet exploit eut des conséquences importantes. Son nom grossit et grandit, le royaume s'émerveilla vivement de notre héros. Ce fut pourquoi la
princesse demanda le soir même de le rencontrer. Pourtant, à partir du moment où je l'avais dit de se jeter de toit, je ne l'avais pas revu et aucune nouvelle ne m'était parvenue. Me questionnant
sur la sincérité de ses promesses, je rentrai dans le château qui offrait un banquet en l'honneur du chevalier. Lorsqu'on me demanda à quel nom je venais, j'affirmai que j'étais l'ami du héros du
jour. Je donnai son nom et, en guise de réponse, on m'ordonna de partir : je n'étais pas sur la liste des invités, par conséquent « le charlatan devait sortir ».
Que pouvait bien être cette mascarade, j'avais aidé cet homme et il m'avait promis la reconnaissance de ma gentillesse ! Irrité, je repoussai les gardes pour trouver ce menteur, qui était en
train de rire avec sa princesse. Hélas rattrapé par la dizaine de soldats, j'avais été forcé de hurler mes revendications au centre de la salle de réception.
« Et qu'en est-il de votre promesse, vile traîtresse ? Je vous ai offert ce bonheur qui était inaccessible pour une lavette de votre espèce et voilà que vous me rejetez encore une fois ?!
Cet affront est de trop, gredin perfide, et ma vengeance n'en sera que plus terrible ! »
Hautain, notre héros protestait qu'il ne m'avait jamais connu, que je devais sûrement être un fou. On me retira du château. Je demeurais sans émotion : comment avait-il pu me trahir après tous
mes efforts ?
Profondément aigri, je partis le soir même rencontrer un chaman nomade. Ce maître des runes pouvait admirablement combler mes désirs...
Le lendemain matin, le royaume se retrouvait dans l'embarras : un dragon sacré des montagnes cracheur de flammes s'approchait du château et il semblait bien qu'il venait pour l'attaquer. Bien
entendu, tout le peuple se tourna vers notre héros, dernier homme à avoir fait ses preuves. Malheureusement, ce dernier s'agita, ne sachant comment agir. Chagriné, il redevint peureux et obligea
le royaume à sombrer. Ainsi, tout le monde sortit pour observer la progression du monstre. Il se rapprochait dangereusement des remparts. Tout à coup, j'apparus calme et triomphal dans les rues.
Cela créa un silence profond. Tout le monde se retourna et constata mon élégance par mon arc solide orné d'inscriptions antiques et ma seule et unique flèche entourée d'une aura bleue mystique.
Mimant de ne pas les voir, je montai promptement une échelle pour atteindre les remparts. Tous se déplacèrent pour voir cette personne tentant d'affronter le dragon. Lentement, je me plaçai le
mieux possible puis j'armai mon arc et, finalement, je pris le temps de viser et de me concentrer. Tous se turent et retinrent leur respiration, on n'entendit que le vol monotone et inquiétant du
dragon s'approchant encore et encore. Enfin, le sifflement aigu fendit l'air, alarmant les personnes derrière moi. Une fraction de secondes plus tard, le dragon rugit, hurla, et tomba lourdement.
Hébétés, ils sortirent pour comprendre ce qui s'était passé : la flèche avait transpercé les écailles et s'était fichée dans le cœur du démon, mort sur le coup. Progressivement, la foule se mit à
crier : imaginez la surprise des citoyens, le chevalier s'étant dérobé ce fut un inconnu qui les avait sauvés.
Ils oublièrent vivement notre bouffon pour porter de leur bras le véritable héros. Moi qui espérais gagner une modique somme de mon travail, voilà que je me trouvais être un nouvel héros, une
nouvelle idole véritable figure de courage, de bravoure et de loyauté. Si grande fut la déchéance de notre faux héros que, encore aujourd'hui, il vit de la honte de sa tromperie au fond d'un
cachot, banni pour haute trahison et usurpation.
Voyez-vous, cette histoire prouve bien que les chevaliers ne sont pas souvent ce qu'ils prétendent être. Ceux qui vantent leur mérite restent des poltrons, ils surestiment le peu qu'ils ont
accompli. Moi qui suis un chevalier officiellement reconnu demeure humble, à tel point que vous ne soupçonniez en aucune façon l'origine du ménestrel que j'étais durant la narration de cette
histoire. En tout les cas, si cette épopée nous a montré la vanité fréquente des chevaliers, elle nous a aussi appris la morale qui suit, que j'ai moi-même formulée à notre compère :
Toi pour qui gentillesse n’est pas un but
Mais qui souhaite juste une fausse renommée brute,
Plus dure sera ta chute !
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