Jeu du forum avosplumes, voici le sujet : écrivez à propos de cette image.
Seulement, je n'ai pas participé au jeu. Premièrement, je n'avais pas pu le faire dans les temps. Deuxièmement, c'est trop long.
Troisièmement, je n'ai pas été fidèle à l'image : j'ai gardé la situation, mais les personnages décrits dans le texte ne ressemblent pas à ceux de l'image. En gros, j'ai pas fait attention aux détails, je me suis concentré que sur la base même, à savoir un enfant avec un baluchon dans un bar aux côtés d'un policier.
Il en reste une histoire simple et un exercice durement mené. Il m'aura fallu un an (je pensais moins...) à finir ce texte et à le corriger.
Et encore, ce n'est pas fini, mais je propose ici une version quasi-finale.
Puis, de toute manière, tout est perfectible...
Bonne lecture =)
Le vent se lève et fait voler des épis de blé dans le ciel estival. Ces brins d'or captent les clairs rayons du soleil d'un après-midi caniculaire, un soleil fièrement campé dans un ciel bleu sans nuage. Je suis tranquillement installé sur la terrasse de mon pavillon. Reposé sur un rocking-chair grinçant, une canette de bière brune fraîche à la main, j'entends à l'intérieur les sons d'une série télévisée à la mode que ma femme regarde tous les jours depuis le début cet été calcinant. Je sirote quelques gouttes de ma boisson et, laissant couler lentement cet élixir glacé le long de ma gorge, j'observe ces plans agricoles se plier sous la force des rafales régulières. Souriant, je me laisse choir sur mon siège : le bruissement aérien, le souffle chaud sur ma nuque et le panorama rural me rappellent un épisode de mon enfance.
Je ne pourrais pas dire quand c'était. Tout ce que je sais, c'est que c'était la rentrée et qu'il faisait aussi chaud qu'aujourd'hui. J'étais impatient et agité, je voulais à tout prix aller à l'école. Je devais sûrement être fier de mes chaussures en cuir et de mon cartable flambant neufs, ce genre de joie enfantine qui se manifeste par la nouveauté. Je me souviens que je sautillais dans tous les sens, surtout que, ce matin là, maman avait fait des pancakes. Même le petit-déjeuner me reste limpide : cet instant insouciant où, excité, je dégustais mon repas en imaginant ma journée alors que la radio crachait des phrases et des musiques qui, pour moi, ne faisaient que donner une atmosphère de matinée radieuse et ensoleillée.
Huit heures et quart, maman arriva vers moi pour me faire un bisou. Papa, quant à lui, vint me prendre la main pour m'emmener à l'arrêt de bus du village. Soudainement, alors que nous quittions la maison, maman courut avec un torchon rouge à pois blancs : « Tiens mon ange, me dit-elle de sa voix mélodieuse tout en passant sa main douce dans mes cheveux ébouriffés, je t'ai fait un sandwich pour le déjeuner. »
Papa ouvrit la porte et, pris de surprise par un vent chaud, je fermai un instant mes yeux et reculai d'un pas. Papa posa alors sa main rigide mais affectueuse sur mon dos et me poussa lentement vers l'extérieur. Passant entre des champs de blé, j'avais apprécié cette matinée par cette ambiance pittoresque et agréable. Tout était clair et beau, cette journée s'annonçait parfaite.
Après avoir suivi un chemin, nous nous dirigions vers une route. Là, mon père me fit une bise sur le front et, après m'avoir dit « au revoir bonhomme », il me laissa attendre à l'arrêt de bus. Je posai alors mon cartable et, dessus, je laissai le torchon. Les mains croisées, j'attendais sagement le bus jusqu'à ce qu'une une bande d'adolescents arriva. Je me rappelle de leurs rires, de leurs moqueries : « Qu'il est mignon le fi-fils à son papa ! », criaient-ils de leurs voix enrouées. Brusquement, ils prirent mon cartable pour le fouiller de manière brutale. Ils allaient le casser, je me jetai alors sur eux. Hélas, le plus gros m'attrapa par le col, me tira violemment et me donna un coup de poing au ventre. Je m'étais crispé instantanément. Alors ils me lancèrent le torchon à la figure et ils partirent avec mon cartable en ricanant et en se le passant les uns aux autres.
Je ressentis alors une douleur, mais une douleur autre que physique. Plus que mon ventre tiraillé, c'était ma sensibilité enfantine qui avait été touchée. Je m'étais égayé de cette journée et tout avait été gâché par ces vauriens. Mon cartable dont j'étais si fier avait été volé, mes vêtements étaient poussiéreux : j'étais sale à la fois extérieurement et intérieurement tant j'avais été bouleversé.
Tandis que des larmes soulignaient mes joues, le bus s'arrêta devant moi. Avant de monter, je lançai un coup d'œil vers les autres enfants qui, contrairement à moi, étaient joyeux et propres. Attristé, je me détournai du bus et ramassai mon torchon et mes affaires de classe éparpillées. Le bus partit sans moi vers une autre ville. Seul et pas présentable pour un sou, je ne pouvais rien faire dehors, et sûrement pas rentrer à la maison car maman aurait été furieuse de me voir dans cet état, me disais-je. Je décidai de chercher un bâton dans la nature afin de concevoir un baluchon grâce au torchon pour empaqueter mes affaires. Une fois le bagage de fortune sur l'épaule, je pris la direction opposée à la ville. J'allais droit vers les champs de blé.
Perdu dans cette forêt d'or, je me souviens que j'avais la bouche sèche. J'avais peur et j'avais du mal à me remettre de l'agression. Ma tête bouillait, trop de pensées se bousculaient. Les germes immenses me cachait totalement. Je pleurais dans cet océan radieux et les larmes s'échappaient comme le sang de mon innocence blessée. Pourtant, je me sentis vite apaisé. Ça sentait bon la campagne, c'était reposant. Et ce vent, tel des doigts souples parcourant une harpe, jouait avec ces cordes naturelles pour jouer une mélodie. J'entendais le murmure des champs, cette voix mystérieuse qui me réconfortait. Une brise chaude vint caresser mon dos et mes cheveux, comme les tendresses de papa et maman. Je me frottai les yeux et continuai mon chemin.
Enfin, je sortis du champ. J'arrivai à une station service, le genre d'endroit perdu qui sauve bon nombre de conducteurs en panne. La route était vide, je traversai sans me poser de question. Près de cette maison faite de planches de bois blanches, il planait une étrange odeur de pétrole, de céréales et de pizza. Je passai entre les pompes et m'agrippai à une fenêtre. Sur la pointe des pieds, j'aperçus un gros homme en uniforme assis au comptoir. Son pantalon était trop petit, son ventre dépassait un peu au-dessus de la ceinture. Le barman, un gars étrange et inquiétant, lui posa une pizza bien garnie. Je me léchai les babines : « Il mange une pizza au petit déjeuner, le pied ! » avais-je probablement murmuré. Lorsque l'homme à l'œil qui louche lui ouvrit un Coca tellement frais que des gouttes d'eau coulaient le long de la bouteille, je ne pus me retenir plus longtemps : j'avais soif !
Je poussai timidement la porte vitrée, une cloche sonna. Je sursautai, les deux se retournèrent. Le barman m'effraya. Son regard vitreux, sa bouche cassée, son dos voûté : il ne m'inspira pas confiance. De l'extérieur, il ne m'avait pas paru aussi effroyable. Je posai le baluchon devant moi et serrai fermement la branche. Mon visage se crispa, je fis la mou. L'homme en uniforme ria un bon coup. Vous savez, ce rire franc, ce rire américain, celui qui hurle « mon dieu mais regardez-moi c'lui-là ! ». Il se leva. Je découvris l'insigne sur sa chemise bleue : c'était un policier. Je reculai mais ne pus ouvrir la porte. Mon cœur s'agita. Durant un instant, j'avais cru qu'il allait m'arrêter pour ne pas être allé à l'école. Il gratta sa barbe, retira les Ray-Ban posée sur le haut de sa tête pour les ranger dans une poche de sa chemise, me fit face, s'agenouilla et me scruta durement. « Qu'est-ce que tu fais là, p'tit ? ». Sa voix grave me fit tressaillir, mes mains tremblèrent. C'était un véritable géant !
Il rit à nouveau. « Mais dis donc, faut pas avoir peur comme ça, p'tit gars ! ». Il se releva et me tapa le dos : « Alors, qu'est-ce que tu fais là, tu vas pas à l'école ? ». Là, d'une voix tremblante d'émotion, je racontai brièvement ce qui m'était arrivé. Le policier, amical, passa la main dans mes cheveux. Son regard, jamais je ne l'oublierai. Un regard sincère et compatissant, presque paternel. Soudain, je sentis un élan de fierté, j'avais trouvé un héros. Une personne simple et sensible qui a tenté, non qui a réussi à me réconforter dans ce moment difficile. Et il avait agi comme ça, sans rien demander en retour. Il se tourna vers le barman : « Hey Moe, donne un Coca au bonhomme, il a besoin d'un remontant ! ». Ce Moe, il me dévisagea avec ses yeux glauques. Cependant, lorsqu'il me présenta la boisson, je ressentis une présence, une consolation. Lui aussi, il m'avait souri. Heureux, je portai alors la bouteille à mes lèvres. Bon sang, qu'il était délicieux ce Coca ! Frais, goûteux, sucré. Le policier revint à son repas, le barman essuya le comptoir. Scène typique, mais j'appréciais ce moment. Puis le policier régla l'addition et me ramena chez moi - le champ n'était pas bien grand en réalité. Face à mes parents, il leur expliqua facilement le problème.
J'étais retourné dans le champ par la suite, pour m'amuser un peu. Et depuis, j'ai toujours aimé les champs de blé et la chaleur estivale.
Serein, je termine ma bière et m'endors. Bon sang, aucune boisson dans ma vie n'a été aussi bonne que ce Coca...
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