Derniers instants

Publié le par Alundra

La Faucheuse est arrivée et, sur son vieux papier chiffonné, elle me lit que ma fin est proche. Je reste calme, posé, après tout ce n'est pas si mal que de quitter l'enfer dans dix minutes...

Minutes - zéro à cinq

Je me précipite directement voir mes proches. Je cours auprès de ma famille et de mes amis. Je leur laisse un dernier souvenir de ma voix tout en embrassant leurs joues mouillées par les larmes. Je voudrais bien leur dire un mot sympathique, une chose réconfortante. Mais hélas, comment leur souhaiter une belle vie future s'ils restent dans ce monde affreux ! Comment leur montrer ma compassion si je m'en vais vers la terre des bonheurs en les laissant dans cette contrée corrompue par tous les vices ?
Je pars donc sans leur dire "vivez heureux" car ce ne sera pas le cas...

 

Minutes - cinq à dix

 

Je demande à la mort compatissante de me mener dans mon endroit favori, un petit coin que je n'ai encore jamais trouvé, un havre de paix que je n'ai jamais foulé. Je savais qu'un jour je le trouverai mais comme le temps est compté je veux bien l'observer rien qu'une fois de mon vivant, pour me prouver que cette planète n'est pas que sombres ténèbres camouflés.

En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, je me retrouve face à un lac plongé dans la somptuosité d'un après midi automnal. Soleil plus timide nous offre des rayons d'une magnifique teinte orange, en harmonie avec les feuilles mortes des arbres qui tombent longuement vers les flots calmes de l'eau. Quelques remous se forment sur le liquide couleur bleu saphir, les ondulations se trainent lentement jusqu'à mes pieds perdus dans un tas de feuillages. Les ciel est quand à lui tout en contraste : bleu pur à l'est et orangé à l'ouest.

J'étais donc dans mon rêve : un lagon aussi sublimé que celui de ce cher Lamartine...

Ému par le fait d'être enfin dans mon univers des songes j'en oublie presque mon funeste sort. Je m'installe au pied d'un arbre fort imposant. Me rendant compte que j'allais perdre ce coin de paradis inconnu, regrettant mes êtres aimés, je verse à mon tour des pleurs froids. Je me ressaisis peu après, un jour ils viendront me retrouver au pays des cieux. Je contemple, je scrute ce paysage, ce lieu tant envié ! Peu à peu, ma tête s'appuie contre l'écorce pleine de sève et je m'endors, tellement touché par ces dernières minutes. Faucheuse revient, me porte sur son épaule robuste, imbattable, et m'emmène loin des tourments du commun des mortels.
Mon âme restera dans ce territoire désiré,
peut être un jour pourrai-je le trouver
ce lac, lieu admiré et tant recherché...

Publié dans Textes

Commenter cet article