Muse

Publié le par Alundra

B-M

 

D'une douceur guerrière, je retire délicatement le capuchon de mon stylo, comme l'épée se dénudant de son fourreau. Je touche, j'estoque la feuille, pourtant je n'arrive pas à taillader la page de mes mots : je n'ai plus d'inspiration.
Je dois alors m'évader, partir en quête d'idées. Je m'allonge, j'éveille mon esprit. Ainsi, tel un chevalier cherchant le Saint-Graal, je recherche la subtile volonté artistique.
Je m'efface dans la forêt de mes pensées. A l'intérieur de ces arbres touffus et puissants, je guette l'endroit où peut se trouver cette idée de génie, que je puisse composer. A grands coups d'épée, je taille ma route et je parcours ce lieu magique. Par des termes, par la recherche d'un thème précis, je tente d'organiser mon papier. Je coupe, j'efface, je corrige, je raie. Telle une brute littéraire excitée à l'idée de dénicher cet objet rarissime, je me fatigue et m'engouffre dans cette dense forêt.
Finalement, je m'arrête : mon ouïe perçoit lentement une musique. Un son s'éveille par petits mouvements, comme un petit poussin sortant timidement de sa coquille. Je range mon arme et, apaisé, je repousse quelques buissons. Je me concentre et, les yeux fermés, je me laisse guider par les notes. Je reconnais peu à peu l'instrument, c'est une flûte de pan.
Bien que j'entende le son, il me faut atteindre l'objet. J'ouvre les yeux, je me trouve dans une clairière illuminée, seul endroit en ce lieu où les arbres ne filtrent pas les rayons de l'astre.  Au centre de cette place de pureté, la musique se matérialise. La fraîcheur du ciel bleu se mêle à la douceur de l'herbe : tout s'organise. Mon regard pétille, je frissonne, j'ai enfin trouvé ma muse !
C'est elle, je suis prêt : je compose.

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