Partager l'article ! Assassin: B-M Pour ce texte, je mettrai le post-it : "Pour public averti !". L'ambiance est sombre et décalée mais, surtout, ...
B-M
Pour ce texte, je mettrai le post-it : "Pour public averti !".
L'ambiance est sombre et décalée mais, surtout, violente.
Vous voilà prévenus, je vous laisse alors lire ce texte haletant et immersif.
Il est deux heures et quart. La fatigue et l'alcool troublent et marquent le visage tout comme ils confondent les émotions. Pris dans ce brassage double, le jeune homme se passe la main dans ses cheveux longs emmêles, l'autre main tenant un Stetson noir. Enfermé dans les toilettes, il observe fiévreusement son reflet. Tout tourne, tout se floute, il a du mal à se reconnaître sous cette figure tirée et ces cernes creusés. Il se laisse tomber le long du mur et tente d'échapper aux cris extérieurs.
Un coup fait vibrer la porte, il ne réagit pas, il a pris l'habitude. De toute façon, ce n'est pas sa première soirée de travail. De sa veste, il empoigne une flasque à moitié pleine et boit tout le contenu. Il se retourne vers la porte tout en laissant le liquide chaud exciter son sang et son corps. Après un long moment, il avale le reste gardé dans la bouche. Il tapote son bras, l'objet est dedans, parfait. Un autre coup survient. Il tire un manteau dans un coin.
L'assassin s'élance.
Débouchant directement dans une ruelle, il ajuste le col de son grand manteau obscur. Bifurquant à droite vers la grande place, ses bottes en cuir, en accord avec son vêtement, font résonner les pierres. Passant sous les réverbères, il place lentement son chapeau, les cheveux glissant par dessous jusqu'aux épaules. Dans cette rue vide, il est effrayant. D'ailleurs, quand il passe devant les vitrines, il a toujours du mal à accepter son nouveau reflet, cet homme ténébreux, glauque mais malgré tout séduisant, élégant. L'aspect tentateur infernal ne lui plaît pas, pourtant c'est ce qui marche le mieux.
Il tourne une fois encore à droite, direction le trottoir du commerce. Il retire des gants en cuir de ses poches, il les pose délicatement sur ses longues et puissantes mains. Il se masse la barbe naissante, bientôt il remplira son contrat. Embauché par la police, il doit éradiquer dans cette capitale de la débauche toute activité illicite. La semaine dernière, c'était les trafiquants. Cette fois-ci, c'est au tour des prostitués.
Il crache par terre un reflux de wisky : peu importe leur âge ou leur sexe, il va devoir les exécuter pour toucher sa paie. « Comique la promotion, pense-t-il quelques fois, je me lance dans la gendarmerie et me voilà tel un mercenaire à effacer des cibles ». Il tourne à gauche, il arrive devant une sex-box. « En fait, s'explique-t-il simplement, c'est comme un fast-food. Tu rentres, tu prends ta commande et tu consommes, sur place ou à emporter ».
Les néons violets et roses trahissent la noirceur du personnage, lequel absorbe toutes teintes colorées. Le videur le dévisage, l'assassin réplique : « Laisse moi rentrer, j'ai faim moi aussi ! ». Le vigoureux garde se pousse en fronçant les sourcils, l'homme en noir presse le pas et fait claquer les pans de son manteau. Puis, il repousse vivement les portes battantes du bar. Dans le mouvement, il retire furtivement une clef d'une poche intérieure. Lorsque les portes se referment lourdement, tout le monde se retourne et fixe le nouveau venu. Des hommes gras et libidineux, des jeunes soldats musclés et des femmes en tout genre le regardent. Il sourit, il ôte son chapeau d'une main. De l'autre, il ferme la porte à clef – il avait bien fait de payer quelqu'un pour créer ce double fermant l'unique sortie de la boîte.
Les prostitués et les clients restent abasourdis tant cet homme appuie son regard sur chaque œil rivé vers lui. Il se met à rire gravement et franchement, glaçant plus encore l'ambiance paralysée. Il faufile ses mains dans les poches de son pantalon, fait face au gérant derrière le comptoir et murmure : « Boom... ».
Soudainement, il retire de ses poches deux pistolets automatiques – douze balles chacune, soit vingt-quatre, ils sont trente environ, ça suffira. Sans attendre, il tire précisément sur toute cette parade folle. Des projectiles percent des seins, d'autres des yeux, mais encore des bras, des fesses, des jambes, des cous, des oreilles. Mêlé au tintement des explosions, tout ceci crée pour l'assassin un bain de sang jouissif. Les cris, le chaos, le désordre... enfin non l'ordre rétabli ! Ô quel doux sentiment de justice contradictoire : tuer pour sauver, détruire pour conserver, effrayer pour apaiser. Les chargeurs sont vides, des corps jonchent le sol et des complaintes subliment le bourdonnement de ces coups de feu véloces. Dans un coin, l'assassin remarque les dernières catins. Pour les rejoindre, il piétine des crânes d'hommes souffrants ou des ventres féminins, peu importe la semelle de plomb n'y voit aucune différence dans cette pourriture. Mollement, semblable à une apparition inquiétante, il vient coller ses jambes aux filles et aux garçons accroupis. Là, il apostrophe l'une d'elle et lui dit d'une voix rocailleuse : « T'es prête à vendre ta virginité perdue ? ». Elle ne répond pas. « Dans ce cas, je vais te la ravir ! ». Sur ces mots, il sort un couteau de sa manche et plante froidement la lame dans le vagin de la fille. La repoussant d'un coup de pied féroce, il se jette ensuite sur les ultimes victimes. Avec son poignard, il égorge, il mutile, il termine son travail. Il se relève et sort un mouchoir afin de nettoyer le fer couvert de sang.
« J'essuie ma lame et eux essuient la mort. », affirme-t-il en quittant cette pièce.
Rechargeant un pistolet avec une seule balle, il ouvre la porte. Fort heureusement, le bâtiment est bien clôt, le videur n'a rien entendu, les futurs clients non plus. Tout en sortant du sex-box, il plaque son arme sur la nuque de l'homme apparemment imbattable et presse la détente. La cartouche perfore le cou, l'hémoglobine jaillit telle une fontaine sur la file d'attente. Horrifiés, ils fuient tous. L'assassin est satisfait, cette zone est nettoyée.
Et, demain, ce sera au tour des immigrés. Ça parle pas la bonne langue, ça trouve pas de boulot, ça devient pauvre : encore des parasites. L'ombre de la nuit se moque de l'éthique, de l'humanisme et de la politique, tout ce que veut ce mercenaire, c'est toucher son chèque. Pour sa rapidité de ce soir, il aura un grosse prime et ça suffit à son bonheur.
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