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Conçu le mois dernier après un songe confus.
Bonne lecture =)
Je m'installe sous un arbre, le dos contre l'écorce rigide, les jambes enfouies dans l'herbe vacillante, le regard perdu dans la voûte bleue du ciel. Le vent souffle lentement. Il ébouriffe mes cheveux et fait danser mes pensées. La brise me berce, les odeurs de fleurs et de feuilles me transportent. Des oiseaux invisibles perchés sur les branches chantent le printemps tandis que je profite de cette saison.
Calme, je souris. Reposé, je ressens chaque marque de vie présente en ce lieu. Que ce soit le ver qui creuse sous la terre, les fourmis qui cherchent de la nourriture, les abeilles qui butinent ou bien la respiration de l'arbre centenaire qui m'a accueilli à ses pieds. Son tronc vibre doucement, ses bras multiples s'agitent. Il tend son corps et s'étire, il se réveille après l'hiver. Et là, furtif comme une souris, j'entends le bâillement grave et massif du chêne. Inscrit dans ce lieu, je me fonds avec l'immense paysage.
Dans mes songes diurnes, j'aime à penser que je ne suis pas seul à dormir ainsi. Quelque part dans le monde, je sens la présence d'un être qui m'est lié. Si ce n'est pas physique, c'est spirituel. Je le sais car, lorsque je rêve et que je communie avec ce lieu, mon corps devient arbre et mon esprit devient souffle. Ainsi, mes pensées libres volettent et s'échappent un peu partout. Tel un faucon solitaire, je voyage sans trêve. Soudain, je rencontre un congénère, cette personne.
Sauf que nous refusons de voler ensemble.
Nos regards se croisent et on se fixe. Impassibles, nous nous scrutons l'un à l'autre. Enfin, par une subtile synchronisation, nous fonçons en piquet, becs brandis. Nous nous rapprochons dangereusement, aucun n'abandonnera. Alors nous nous fracassons. Mais nous ne sommes que des esprits volatiles, il n'y pas d'explosion sanglante. Entre les nuages gris, dans un fond saphir, des gerbes ectoplasmiques se déploient. Feux de pensées, les traits transparents tombent lentement comme une cascade d'émotions. Au centre de cette détonation, deux nuages blancs platines apparaissent. Ils tournoient, véloces. Deux corps se dessinent, un homme et une femme. Brusquement, j'ouvre les yeux. Ma tête vacille, ma vue reste trouble. Je tourne mes paumes et baisse la tête : je suis la première silhouette nébuleuse. En face de moi, la tendre complice s'élance. Et nous nous embrassons. Couple céleste, les amants sont enfin réunis. Les nuages tourbillonnent, l'amour s'accélère.
Puis il disparaît. Nos esquisses mystiques se séparent. Tirés par notre chair endormie, nous revenons dans les landes naturelles.
Je me réveille en sursautant. Je me frotte le visage et me lève. Je regarde le ciel une dernière fois avant de partir : je reconnais deux figures qui se tournent le dos et qui s'écartent. Je ferme les yeux, « au revoir, tendre inconnue... ».
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