Lundi 19 avril 2010 1 19 /04 /Avr /2010 22:45

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Port Nemours

 

Il y a quelques années, j'avais découvert le poème de Prévert "L'amiral Larima" qui m'avait marqué par sa forme mystérieuse, ses jeux de mots et, surtout, sa chute "L'amiral rien". Ces termes forts, brutaux, m'ont tout de suite marqué. Aujourd'hui, j'ai enfin réussi à utiliser ces deux mots pour écrire un texte.

Bonne lecture =)

 

 

A toutes ces femmes que je croise, que je vois, qui me plaisent et à qui je ne parlerai jamais.

A celles qui me rappellent ces choses... et qui me donnent envie d'y replonger.

A vous, muses fatales !

 

Assis sur le port, je me tiens face à l'océan. Le soleil cogne sur le sol en roches claires. Les rayons se reflètent aussi sur les vitres des échoppes, avant de venir vers les nombreux navires postés ici. La brise marine douce et chaude brasse la mer et, chargée de sel, vient masser mes membres engourdis. Mes narines sensibles s'imprègnent de ce souffle et mes poumons s'en remplissent. J'expire lentement, un soupir s'échappe. Ce fugitif s'envole. Léger, il volette tranquille jusqu'aux bateaux. Soudain, un grondement haut et puissant survient. Les voiles scintillantes tombent toutes seules et se gorgent de vent. L'astre, sans retenue, éclaire ces toiles blanches immaculées, presque célestes. Le port, plus illuminé que jamais, se remplit de monde. La foule silencieuse, sans me voir, se divise en autant de couples qu'il y a d'embarcations. Ils marchent sur les planches, s'installent dans le giron des navires. L'eau n'a plus qu'à bercer la coque et à les emporter au loin.

Il ne reste que moi, être solitaire. Je contemple ces transports voguant vers des flots calmes ou tortueux. Bientôt, je ne verrai que les contours des vaisseaux. Les mâts tendront fièrement les voiles qui s'étouffent. Ces images se dissiperont, il n'y aura plus que le son monotone des vagues.

Je m'étire, ces vagues sont aussi brisées que mes rêves. Sur ce port, je n'ai plus rien à attendre. J'ai déjà tant perdu ! Il fut un jour où moi aussi j'ai pénétré dans un de ces navires aux côtés d'une tendre femme. En soi, il y a peu de différence entre aujourd'hui et avant. Dans ce transport, on reste éveillé. On observe, on goûte, on sent, on entend et on caresse. Là, je vois ma peine, je goûte ma solitude, je sens l'air marin portant les souvenirs, j'entends les murmures du passé.

Et surtout, je caresse, les yeux fermés, la pierre chaude, comme si c'était mon ultime contact.

La seule différence alors, c'est que je suis seul et démuni. Auparavant, ce voyage vers l'au-delà de l'amour m'a comblé. Cela a été un bon séjour puisqu'on ne fait que se laisser aller. Je repense alors à tous ces moments où l'on a regardé l'océan se mêler au ciel. Que la mer a été calme, t'en souviens-tu ? Oh, et combien on a ri parfois lorsque, fatigués, nous pensions que le soleil observait son reflet sur nos flots apaisés ! Que je t'ai aimée et que j'ai apprécié !

Que je regrette...

Puis, tout s'est écroulé. Sans prévenir, des nuages sombres ont couvert le ciel, les eaux se sont énervées. Torrent brutal et bruyant aux bourrasques battantes ! Il y a même eu des hydres aux yeux injectés de sang et aux multiples gueules décharnées et menaçantes, entortillées sur notre bateau. Ces monstres coriaces, je les ai vus aussi dans ton regard. Cette catastrophe, tu l'as déclenchée : la tornade provenait de tes mots et la créature de tes gestes. Il y avait le tonnerre et la tempête, le craquement grave rugissant et le siphonnement lourd constant. On en a été entouré, j'ai paniqué. Je me suis jeté à tes bras, tu m'as repoussé. Un dernier éclair, le transport s'est fendu en deux. Tu t'es agrippée au mât, tu as dérivé. Je suis tombé de surprise, j'ai coulé avec les ruines.

Mais je m'en suis sorti...

J'ouvre les yeux. Sur le port, le soleil s'apprête à se coucher. Doux crépuscule, je soupire de lassitude. Je souhaite me relever, mais je n'y arrive pas. Je suis retenu par ce lieu. Après tout, je suis tel un capitaine qui n'a plus sa raison d'être. J'avais mon navire et ma compagne, il a suffi d'une journée pour que tout tombe dans les abysses. Je suis l'amiral déchu, celui qui n'a plus rien et qui ne peut que regretter. Je ne suis rien, juste des souvenirs, je reste dans le passé. Et le vent me retient, et mon cœur se décrépit. Eh quoi, tout ça pour cette erreur amoureuse ? Je plonge mon visage dans mes mains, l'éphémère crépuscule s'échappe déjà.

Qui suis-je ? L'amiral Rien.

Par Alundra - Publié dans : Textes - Communauté : Loisirs & Passions
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  • 09/10/1991
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  • Il y a tant de choses qui nous touchent ; et l'âme brassée par la vie a tant de choses à dire. Fermons notre corps et ouvrons notre esprit. Imagination, impressions, émotions, sentiments : tout ceci est retranscrit par l'expression.

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Parce que dans la vie,

Il y a tant de choses dont on veut parler, mais dont on arrive pas à en tirer un traitre mot.
Parce qu'il y a tant d'inégalités ou de bonheurs sur Terre, on doit y penser.
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Parce qu'il y a tant d'injustices et d'horreurs, on doit en parler.

Parce qu'il y a tant de sujets à énoncer, de réflexions à faire et à partager, d'avis à confronter et à accepter....

Mais ma voix s'étouffe dans les cris des barbares qui veulent que je me taise.

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