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Je vous propose ici un texte majeur puisque c'est un travail qui me satisfait pleinement. Je suis ravi de l'histoire, de sa mise en oeuvre, et du résultat final. Aussi, je tiens à publier afin de l'illustrer la musique qui m'a permis de créer cette valse. Ce son, ce n'est rien d'autre que Fade to black de Metallica reprise au piano par Scott D. Davis. Cette instrumetnation mélancolique correspond tout à fait à la danse du personnage : grâce dans la souffrance.
Voici donc, pour ce retour après les partiels, "La bête" et la musique qui l'accompagne.
Et
l'homme sombre sort des ténèbres du manoir. Il passe entre deux escaliers monumentaux, la lumière des chandeliers massifs du hall le découvrent. Recourbé, il frotte son visage défiguré. Le crâne
parsemé de cheveux rares, les yeux perdus dans un front tombant, le nez relevé, la bouche cassée par une cicatrice, le menton pendant. Il descend sa main et parcourt son cou. Il rencontre une
autre blessure au niveau de la pomme d'Adam. Tentative d'assassinat, depuis sa voix cassée est devenue inquiétante. S'il a vécu tant de traumatismes, c'est qu'il est le seul héritier d'une
famille noble de la contrée. Il apparaît comme la cible de premier choix pour quiconque veut faire fortune. Mais si cet homme est facile à atteindre, il n'en demeure pas moins un être résistant.
Il se dirige au centre de la salle. Il descend son regard et tente de sourire. Comme toujours, il n'y arrive pas. Condamné à porter ces traits attristés à tout jamais, il reste seul. Il ne veut
plus se montrer, d'abord pour éviter les coups, puis pour éviter les railleries.
Il relève les yeux, les flammes des chandeliers vacillent avec fureur. Les lumières chancèlent et la pluie violente claque sur les immenses vitraux. Le vent hurle, on pourrait croire
que les fenêtres vont exploser. Au lieu de ça, un éclair surgit, l'atmosphère s'assombrit. L'homme aurait bien ri de cette tristesse abondante, mais sa gorge le fait souffrir.
L'ambiance est donc égale à son état.
Il tremble, il peine à écarter ses lèvres. Cela fait des années qu'il n'a plus parlé, il ne sait même pas s'il peut encore dire un mot. Mais il veut prononcer quelque chose, juste pour ce
soir. Il clôt brusquement les yeux, décidé comme jamais, et ouvre la bouche d'un coup. Son ventre se contracte, son cou se resserre, son cœur menace de s'expulser. La douleur est terrible. Les os
de son visage craquèlent, il sent tous les morceaux de sa tête se déplacer. Les coups ne pardonnent pas.
Il tente de se redresser, cette fois son dos pleure. Dans cette posture inconfortable, il tend fébrilement son maigre bras droit. Il sent que son corps ne tiendra pas le choc, mais il
résiste. Finalement, il pousse son être à bout. Il réactive sa voix gutturale crispante.
- Ma... douce... acceptez cette danse...
Devant lui se dresse une femme splendide. Divinité parmi les beautés, elle porte fièrement une robe blanche qui épouse sensiblement ses formes. Ses cheveux bruns tombent en cascade
jusqu'aux reins, une mèche bouclée s'échappe du flot et vient rencontrer sa poitrine. Ses yeux bleus contemplent passionnément l'homme, elle ne regarde que lui. Sa bouche sensuelle sourit et
tressaille, prête à embrasser son amant. Elle s'avance calmement, elle tend à son tour ses bras ronds vers son cavalier. Il referme sa main sur la sienne, il la prend par la taille. Ils
s'élancent. Et tous deux dansent et dessinent une grâce sans nom.
L'homme exécute les pas agilement. Perdu dans cette douceur amoureuse, il chante au vide.
- Viens ma belle, viens ma tendre, accepte la dernière folie du vilain. Accepte la main de l'ombre et tire ce fantôme au delà des cieux. Charmeuse, dansons dans ce paradis inconnu. Foulons les
nuages, nos pieds traceront la tendresse.
Il tournoie. Sa terrible voix tire ces derniers mots.
- Et... le monde verra enfin la beauté. Et tous seront touchés. La terre s'arrêtera de vivre car la vie contemplera ces danseurs célestes.
Ses jambes fatiguent, son dos implore du repos, sa gorge brûle et son visage hurle. L'activité de sa mâchoire détruit son visage brisé. Son crâne va s'effondrer et les bris
atteindront le cerveau. Pourtant, il parvient à terminer sa valse.
- Ma belle, ma tendre, notre danse s'achève. Je...
Sa vue s'éteint soudainement, ses membres ne réagissent plus. Il tombe, sa tête se fracasse sur le carrelage. Un éclair rugit, le vent devient tempête et détruit les vitres fragiles.
Une flaque de sang vif s'étale et tâche la mosaïque. Le souffle éteint les bougies. Il voulait un ultime amour, son esprit le lui a offert.
Seul, il sombre dans les ténèbres.
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